FRONTiere, MARCHes (4)

‘Stornelli’ toscans

La marge est étroite pour les territoires centraux – Toscane et, pour le dernier texte proposé, la limite des Marches (un nom ici tout indiqué) –, dès qu’il s’agit de littérature que nous dirons par commodité spontanée. Le ton ‘populaire’ y conserve une assurance, une complicité profonde avec les valeurs de la tradition, parallèles de la forte proximité linguistique aux infinies nuances il est vrai, entre ce qu’il serait difficile d’appeler ‘dialecte’ et ce qui devient dès la fin du XIVe siècle une sorte de standard… « Lingua toscana in bocca romana » bientôt, avant d’être mâtinée de cadences et de tournures plus nordiques (milanaises), ‘littéraire’ néanmoins, et accueillante aux nombreuses variations régionales d’un parlato-scritto enfin largement libéré des carcans normatifs. Les ‘autres Italies’ de l’étranger et, plus tard encore comme chacun sait, les immigrations dans la péninsule même, achèveront cette lente évolution vers une langue contemporaine tolérante, ouverte, plus proche que jamais des grandes langues de la modernité (anglo-américain, français, espagnol…) alors qu’elle n’était qu’un langage de lettrés.

Il n’y a presque pas de distance, à l’époque où se développent encore ces formes dites ‘populaires’, entre la doxa littéraire et la transgression (l’ingénuité, le réalisme…) : d’où l’embarras de Pasolini – dont nous utilisons le recueil du Canzoniere italiano – devant ces textes sans tremblement, dépourvus de toute « instabilité et caractère migratoire de la chanson populaire ». Nous sommes bien en présence d’une expression poétique sans doute « minorée », certainement pas minoritaire, ni exclue du monolinguisme (à base toscane) dominant. Les couplets romains, que des films comme Mamma Roma ont popularisés, peuvent paraître davantage insolents, dans la droite ligne du sfottò de la capitale, par rapport à la sagesse ici exhibée. Même s’il y aurait beaucoup à dire, quand on connaît Pea, Viani, Marradi, voire un certain Pascoli (justement valorisé par Pasolini), le corpus toscan reste ainsi fort de son assurance traditionnelle, de son bon sens volontiers goguenard, de sa sapience à base proverbiale, tout-à-fait appréciable et par là même un peu limité.

JcV

Autres couplets :  http://www.lastraonline.it/Italiano/-Storia/p/storia.php?idpag=581

Couplets des fleurs

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Fiore di mora                                              Oh fleur de mûre

Quando s’alza per tempo la mia cara        Quand se réveille plus tôt ma très-chère

Si vede al doppio splendere l’aurora!         On voit resplendir doublement l’aurore !

Fior di piselli,                                             Fleur d’haricot,

Avresti tanto cuore di lassarmi?                Serais-tu capable de me quitter ?

Innamorati sem da bambinelli.                  Nous nous aimons depuis qu’on est marmots.

Fiorin di sale,                                            Ma fleur de sel,

Di quindici anni cominciai l’amore,           Dès mes quinze ans j’ai commencé l’amour,

Di quindici anni ne sentivo male.              Dès mes quinze ans j’en ai senti le fiel.

Fiorin, fiorino,                                           Fleur, ma fleurette,

Di voi, bellina, innamorato sono:              De vous, mignonne, je suis amoureux :

La vita vi darei per un bacino.                 Je donnerais ma vie pour vos gambettes.

Fiore di canna,                                         Fleur de piment,

La canna de canneto è tenerella,            Oui le piment est doux quand on le cueille,

Così sarete voi, cocca de mamma.         Ainsi que vous, chérie à sa maman.

De : Canzoniere italiano, a cura di P.P. Pasolini, Garzanti 1972.

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Archive :  D’autres expressions « minorées », en tout cas non centrales, sont présentées régulièrement par le groupe de traduction poétique contemporaine de l’équipe CIRCE (LECEMO) de notre université, dirigée par J.Ch. Vegliante. Les textes dialectaux y sont toujours accessibles aussi dans leur version originale. Voir :  ici .

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projection jeudi 26 janvier 2012 à 12h : BELLISSIMA, de Luchino Visconti

La cinémathèque de l’Université projette deux films chaque jour à Censier, en salle 49, tout au long de l’année.

Tous les étudiants de Paris 3 peuvent la fréquenter soit en s’abonnant à l’année, soit en payant une somme symbolique en début de séance. Le programme est consultable sur la page Facebook de la Cinémathèque.

De nombreux films italiens sont projetés, qui doivent tout particulièrement intéresser les étudiants italianistes de l’Université.  L’activité de la cinémathèque se poursuivant durant l’intersemestre, nous vous signalons justement le magnifique film de Luchino Visconti : Bellissima (1951), dont l’action se déroule dans le milieu du cinéma romain; une mère – jouée par Anna Magnani – et sa petite fille viennent s’y brûler les ailes…
En reprenant les codes du néoréalisme, dont il a été l’un des pères et maîtres, alors que le mouvement tend à sa fin, Visconti met en scène les rêves de célébrité, les mirages de gloire facile que le néoréalisme a fait naître dans le public, et leur cortège d’amères désillusions.

A la même époque, Fellini dans Lo sceicco bianco (1952) et Antonioni dans La signora senza camelie (1953) s’interrogent eux aussi – et nous poussent à nous interroger – sur le pouvoir des media et la fascination des images sur le public (roman-photos dans le film de Fellini, cinéma dans ceux d’Antonioni et de Visconti)…

Jeudi 26 janvier 2012 à 12h
BELLISSIMA
1951 IT 1h55 VOSTF De Luchino VISCONTI avec Anna Magnani.
Un réalisateur cherche une petite fille pour son film. Toutes les mères de Rome se ruent à Cinecittà…