Restez connectés avec l’Italie en MARS

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Initiatives ouvertes aux membres de Nos Italies-Paris 3*

Mois de MARS 2017

05 mars, 15-17h : visite guidée (gratuit) au Musée du Louvre par Carlo                                               GIROTTO, dans le cadre du cours « Voyage en Italie ». Rdv: sous la pyramide, au point infos à 14h45.

08 mars, 10h30-13h : visite guidée (gratuit – 26 ans) au Musée Bourdelle par Maxime PAZ, médiateur, conférencier. Réservation nécessaire : anna.sconza@sorbonne-nouvelle.fr

08 mars, 17h30-18h30 (salle 145A) : rencontre avec Cristina PIOVANI, curatrice du festival Italissimo (dans le cadre du cours « Ingénierie de projet » du Master pro)

             18h30-19h30 (même salle) : rencontre sur le monde de l’édition avec Alice VOLPI, conseilleure éditoriale, traductrice (dans le cadre du cours « Ingénierie de projet » du Master pro)

09 mars, 9h30 – 11h30 (salle 304) : rencontre avec Romano FERRARI, Président du FAI France (dans le cadre du cours « Muséologie » du Master pro)

10 mars, 15h -17h (salle à préciser) :  atelier de traduction avec l’auteur Giorgio VASTA. Pour infos, contacter : marine.morici-aubry@univ-paris3.fr

               18h : rencontre à la bibliothèque Sainte-Barbe avec Giorgio VASTA, en présence de son traducteur Vincent RAYNAUD et du critique Daniele GIGLIOLI, animée par Marine AUBRY-MORICI, dans le cadre des rencontres Écrire l’Italie aujourd’hui. Trois voix de la littérature italienne contemporaine. Entrée libre sur réservation : bsb-invit@listes.univ-paris3.fr

15 mars, 17h30- 18h45 (salle D32) : Projection du film Miel et magnésie de Ellénore LOEHR, étudiante du dépt. d’études italiennes et roumaine (L3), en présence de la réalisatrice. Entrée libre.

16 mars, 10-12h (salle Las Vergnas / 304, à confirmer) : rencontre avec Camille PALOPOLI, responsable du programme «  Louvre hors les murs » (dans le cadre du cours « Muséologie » du Master pro)

23 mars, 9h30-11h30 (salle Las Vergnas / 304, à confirmer) : rencontre avec Monica PRETI, responsable de la programmation à l’Auditorium du Louvre (dans le cadre du cours « Muséologie » du Master pro)

* pour devenir adhérents de l’Association il suffit de remplir le bulletin d’adhésion, disponible à la bibliothèque d’italien (Centre Bièvre, 5e étage, 1-5 rue Censier, 75005 Paris). La cotisation annuelle est de 2 euros.

Festival Italie Nouvelle 30 nov.-2 déc.

capture-decran-2016-11-28-a-13-29-24C’est avec grand plaisir que nous publions le programme du Festival Italie Nouvelle, intégralement conçu par les étudiants du Master 2 Industries Culturelles France-Italie.

Ce Festival se tiendra dans notre université (site Censier, 13 rue Santeuil, 75001) du mercredi 30 novembre au vendredi 2 décembre.

Venez nombreux aux différents événements prévus : il y aura une performance théâtrale, la projection de court-métrages, des tables-rondes et d’autres choses encore.

Et surtout, n’hésitez pas à transmettre cette information à vos ami(e)s, afin que ce festival soit un succès ! 

Voici le programme, également disponible en format PDF :

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Une « ottava» d’Amatrice

Une manière, certes modeste, d’adresser une pensée solidaire et émue aux habitants des villages italiens frappés la semaine dernière par le tremblement de terre, consiste peut-être à se rappeler combien la poésie et l’invention ont habité et habitent ces lieux.

Je reprends donc la suggestion de l’anthropologue italien Pietro Clemente, qui a rendu hommage aux populations en évoquant la tradition locale de « l’ottava poetica» improvisée, une modalité d’invention propre à la poésie populaire locale.

Il existe, en particulier, une « ottava » -nous rappelle Clemente- qui a été rendue célèbre par un essai très intéressant d’Alberto Mario Cirese, personnalité éminente de l’anthropologie italienne. Dans son essai Manzoni, Croce e una Nenia di Amatrice (in « La Lapa », I, 1953), Cirese explique que Alessandro Manzoni d’abord et plus tard Benedetto Croce ont eu l’occasion d’entendre l’ « ottava » (la strophe rapportée par Croce étant très similaire à celle que cite Manzoni) et que les deux, impressionnés par sa force poétique, en ont souligné le caractère exceptionnel.

Je reporte ici le texte, avec la traduction française de Jean-Charles Vegliante, qui à son tour s’était déjà occupé de la strophe. La version qu’il reprend est celle transcrite par Manzoni (avec de petits éléments de variation par rapport à celle rapportée dans l’essai de Cirese). Il s’agit d’une « nenia » funèbre, une lamentation prononcée par une jeune femme aux funérailles d’un ami tué, et elle est encore plus émouvante, aujourd’hui, dans son désir de faire revenir ce qui ne peut plus.

Giovanni Solinas

 

Se t’arrecorda, dentr’allu vallone,

Quando ce comenzammo a ben volene,

Tu me dicisti: dimme sci o none;

I’ te vordai le spalle e me ne iene:

Or sacci, mio dorcissimo patrone,

Che inzin d’allora i’ te voleo bene.

Vience domane, viemme a conzolare,

Che la risposta te la voglio dare.

 

(dans  la lettre de A. Manzoni à Teresa Manzoni Borri, son épouse, 18 octobre 1855 , in : Biblioteca Italiana, 1855 – http://www.bibliotecaitaliana.it )

 

Tu te souviens, ce jour, dans le vallon,

Quand nous avons pressenti qu’on s’aimait,

Tu m’avais dit : Dis-moi ou ouy ou non ;

Je te tournai le dos et m’en allai.

Or sache, mon très-doux aimé patron,

Que depuis lors déjà je t’adorais.

Viens me voir demain, viens me consoler,

Ma réponse, je veux te la donner.

(tr. J.-Ch. Vegliante)

 

 

 

Encore une Comédie française !

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.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Trad. Danièle Robert, 2016 :

Étant à mi-chemin de notre vie,
je me trouvai dans une forêt obscure,
la route droite ayant été gauchie.
Ah ! combien en parler est chose dure,
de cette forêt rude et âpre et drue
qui à nouveau un effroi me procure !
Si aigre que la mort l’est à peine plus…
Mais pour traiter du bien que j’y trouvai,
je parlerai des choses que j’ai vues.
Ne sais pas bien dire comme y entrai
étant alors si plein de somnolence
que de la route vraie je m’écartai.
Mais arrivé au pied d’une éminence
où cette vallée avait abouti,
qui avait effrayé mon cœur d’abondance,
levant les yeux ses épaules je vis,
déjà vêtues des rais de la planète
qui conduit droit par tous chemins autrui.
La peur alors me devint plus quiète,
qui dans le lac du cœur m’était restée,
la nuit que j’avais passée si inquiète.
Et comme lorsque, le souffle coupé,
au sortir de la mer et vers l’estran,
on se tourne et on scrute l’eau du danger,
ainsi mon âme, encore en s’enfuyant,
se retourna pour contempler le pas
qui ne laissa jamais de survivant.

[…]

Ainsi de pont en pont, tout en parlant
de ce que chanter ma comédie n’a cure,
nous marchâmes ; et étions au sommet quand
nous vîmes, nous arrêtant, l’autre fissure
de Malebolge et les autres pleurs vains ;
et je la vis étonnamment obscure.
Comme dans l’arsenal des Vénitiens
bouillonne en hiver une poix tenace,
pour calfater les bateaux en déclin –
car ne pouvant naviguer à la place
qui rénove son bois et qui radoube
les flancs du sien que trop voyager lasse,
l’un rivette à la proue, l’autre à la poupe,
l’un fait des rames et l’autre tord des liens,
qui la misaine et l’artimon retoupe –,
ainsi, non pas par feu mais art divin,
bouillait là-dedans une poix empâtée
qui de toutes parts engluait le ravin.
Je la voyais mais d’elle ne voyais
que des bulles que le bouillonnement
soulevait, gonflait puis faisait éclater.
Dante Alighieri, Enfer. La Divine Comédie, traduit de l’italien, préfacé et annoté par Danièle Robert, éd. bilingue, Actes Sud, 2016, 527 p., 25 €.

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Observations sommaires, à chaud :

Beaucoup de gérondifs (dès le 1er vers), presque une facilité, ou un tic d’auteure ; alternance 10 / 11 [comme JcV 2014] mais non réglée (par ex. au ch. I : 2 7 10 15 24, soit 5 fois sur 9 tercets) ; bien sûr, sens « gauchi » pour trouver la rime (« route… gauchie » :: « vie » dès le 1er tercet) ; rime du reste approximative, voir « radoube :: poupe » (ce qui, en soi, ne serait pas gênant, mais ne paraît guère contrôlé ici) ; jeu des diérèses un peu au hasard (ainsi, au 7ème tercet, il semble y avoir : « quiète » mais « inqute », sans que l’on puisse d’ailleurs en être sûr); inversions gratuites (ses épaules je vis)… enfin, toujours pour la rime, certains mots sont des calques de l’original (ainsi « retoupe » au ch. XXI, v. 15, n’est pas dans le TLFI mais seulement – terme de poterie, peut-être apparenté à toupie / toupier “tourner” – dans les anciennes éditions du Littré). Plus grave pour qui lit de la poésie, ancienne et moderne, le rythme lui-même est sacrifié à l’envahissante rime : les vers de 5 + 5 sont aussi gênants, pour Dante, que les alexandrins de certaines versions françaises traditionnelles (ainsi : « où cette vallée – avait abouti », « bouillonne en hiver – une poix tenace » etc.). Saluons le tour de force, çà et là réussi et, comme ont aussitôt admiré des journalistes, « entraînant ». Mais faut-il vraiment tenter de rendre à tout prix – comme l’avait fait encore, rappelons-le, K. Micevic en 1998 – la rime par des rimes, ces clochettes du « terrible concert pour oreilles d’âne » (P. Éluard, Donner à voir) ? Enfin, une remarque annexe, la couverture conviendrait à un panneau “cave canem”.

 

Une référence utile, pour aller plus loin :

Jean-Charles Vegliante, Quel Dante en français aujourd’hui ? – Pour une philologie des traductions, « Dante » X, 2013, p. 79-87.

Philologie de la BD

 

Filologia del fumetto?

Pietro Scarnera, Une étoile tranquille.

Portrait sentimental de Primo Levi  (tr.

de l’it.), Paris, Rackham, 2015, 237 p.

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. .  . Presentato di recente presso la benemerita libreria “Tour de Babel” (10 rue du Roi de Sicile, 75004 Paris), il romanzo grafico – pardon, in buon italiano graphic Novel – è stato premiato quest’anno al Festival di Angoulême nella sua versione francese di cui ci occuperemo qui, col prestigioso Prix Révélation 2016.

. .  . L’autore, torinese nato nel 1979, vive a Bologna. Con Diario di un addio, sulla lenta scomparsa del padre, fece il suo ingresso nel mondo dei fumetti nel 2009 (selezione Komikazen dello stesso anno). L’edizione originale di Una stella tranquilla si avvaleva di una prefazione del bravo studioso di Primo Levi, Marco Belpoliti, che l’autore non manca mai di ringraziare; del resto, un punto forte del romanzo risiede appunto nell’implicazione in prima persona dell’autore, un giovane che svolge – con l’amica – una specie di inchiesta sulla persona quasi mitica di Primo Levi. Ma in questa sede, come annunciato, ci interesseremo soprattutto all’edizione francese, con traduzione di S. Zas riletta da S. Détré.

EtoileTranquille, 182-83E intanto, piace segnalare un testo leggibile, pulito, con pochissimi refusi (un Millionario – ma in it. ovviamente – sembra quasi più defilippiano di De Filippo), e una lingua francese molto decente (si segnala un “n’a pas fait long feu” per “a fait long feu”, cioè “non ha funzionato, è durato poco”, a p. 226, ma ormai è questa una venialissima pecca, invalsa nei media audio, video e scritti di Francia). Infatti, da un punto di vista testuale che potrebbe coinvolgere anche il nostro futuro Master Pro di traduzione, le scelte nella lingua di destinazione (LD), per lo meno in testi letterari e paraletterari (cataloghi, elenchi, scritti storici, ricettari ecc.), sono interessanti da seguire e certamente una spia su strati poco appariscenti del testo originale nella lingua originaria (LO). Ma questo, vogliamo sperare, è ora risaputo.

. .  . Come non era prevedibile, la preparazione di Pietro Scarnera, la grande serietà della sua documentazione, l’acribia dei suoi rimandi a fonti verificabili (ad esempio, per dirne una, l’archivio lombardo dei Beni Culturali), la precisione degli scorci della città che lui presenta, Torino, oppure l’uso di interviste, carteggi, dichiarazioni effimere… sono davvero impressionanti. Si veda a p. 19, lo schizzo di Primo scolaro disegnato dal compagno G. Lattes (fonte citata a p. 225), oppure p. 50 (fonte: 226), 62-64 (e relativa p. 227 con opere di Mušič), ecc. Ma così pure gli autori assai precisi e rari che lui ha saputo reperire e sa usare opportunamente, da Nico Orengo (tra l’altro, presente come poeta nel nostro antico Printemps Italien, Paris 1977, sezione “Modernes tribus”) a Mladen Machiedo (di cui, in altri tempi, si occupò la rivista Langues Néo-Latines). Il nuovo testo in LD scandisce e fissa nel tempo (storico) quelle scelte ideologiche non sempre evidenti nei sottintesi e le connotazioni del testo originale (in LO): è questo il ruolo ermeneutico del tradurre, a bella posta sfruttato. Insomma, filologia – o forse meglio qui, filolografia – impeccabile. Certo il termine può sorprendere, ma – scartato filografia che viene usato anche per opere eseguite con fil di ferro (e, guarda il caso, Primo Levi si divertiva a creare maschere, animali, oggetti, appunto con il fil di rame usato nella sua fabbrica di SIVA) –, non trovo di meglio. Ad ogni modo, è vero (p. 83) che ci sono molti Levi in Levi: e anche Ulisse, l’eroe Odysseus, di cui volle adottare un’espressione emblematica per il proprio epitaffio: “hos polla planchthè”, qui erra si longtemps. Da una visuale filolografica, dunque, il libro è riuscito assai bene. Anche il fatto che sia rilegato – quasi come un classico inglese old style – è piacevole.

. .  . Ma, e questo è più raro ancora, la versione francese è stata attenta anch’essa alla filologia dei passi citati. Così, scartato giustamente il vecchio J’étais un homme del 1961, non più ristampato, in cui il capitolo de “I sommersi e salvati” era stato reso con “Les vainqueurs et les vaincus” (sic), il capitolo è correttamente riportato come “Les élus et les damnés” (trad. Schruoffeneger, 1987), con un’aria vagamente cristiana (p. 61), mentre diventa in quanto titolo di libro Les rescapés et les naufragés nella traduzione più corretta di A. Maugé, 1989 (p. 63, e rispettivi rimandi a pp. 227 e 233). Oserei segnalare che, nel mio saggio “Primo Levi et la traduction radicale”, del 1992, poi accresciuto per un omaggio a Pierre Laroche delle nostre Chroniques Italiennes (2002), proponevo – non poco, et pour cause, suggestionato da Dante – “disparus [o addirittura engloutis] et rescapés”: vedi adesso Web-PDF 69, p.196 (e nota). Non solo questa puntualizzazione è generalmente ignorata dagli specialisti italiani di Levi, ahinoi, ma in una recensione (per “Italinemo”), si citava proprio a non proposito “I sommersi e i dannati” (corsivo mio), semplice distrazione ovviamente.

. .  . Auguriamo al giovane filolografico, specie se dovesse interessarsi in futuro ad altri personaggi di quella letteratura italiana di cui ci occupiamo, tutto il successo che merita.

J.-Ch. Vegliante

ed. Rackham  (Paris)

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FRONTiere, MARches (20) : in memoriam

Assunta Finiguerra (San Fele – Potenza, 1946/2009)

Une voix d’insurrection, reconnaissable entre toutes, et la capacité rare de « créer des liaisons audacieuses, inhabituelles » entre des mondes et des idées qui semblaient très loin les uns des autres, en des « comparaisons surprenantes et parfaites » (Milo De Angelis, 2006), dans une langue archaïque, pas très éloignée de celle réinventée par Albino Pierro (voir ici même, chronique n° 6). Encore donc, le Sud extrême, dont peut-être les résultats poétiques les plus authentiques sont davantage liés à la langue des réalités humaines et naturelles locales, longuement façonnées par l’histoire (flux et stase inséparablement), que dans des régions plus proches des centres du pouvoir (Rome, Milan, Florence…). – Question ouverte, comme le savent tous ceux qui se sont occupés de Littérature en refusant de la couper de ses racines anthropologiques et, au sens vaste, politiques profondes. Peu après sa mort, Carla Saracino lui rendait un hommage ému en ces termes : « Il lamento della Finiguerra è un canto guerriero e non può conoscere lo spreco. Lo sprecoè il feticcio negativo dell’autrice, il Maligno da abbattere; la dispersione è la passione da recidere. Assunta Finiguerra mira alla composizione di uno stato della sazietà » (site la poesia e lo spirito, mars 2010). Rien d’étonnant à ce que la présence du divin – plus souvent malmené, interpellé, nié qu’adoré ou encensé – soit perceptible dans presque tout son œuvre poétique passionné et transitif, indépendamment de précises manifestations religieuses. Quelques jalons dans sa production publiée : Puozze arrabbià, Bari 1999, Rescidde, Zona ed. 2001, Questo dolore che mangia, Voci della Luna (Poesia) 2009, Scurije, 2010 (LietoColle).

Quelques textes :

                                                                      

Veulent me voir morte, les gens                                                            

veulent que je respire plus

parce que ma respiration

dérange le soleil,

ce soleil que tous appellent père

et que personne n’a jamais vu.

Morte, sept pieds sous terre

comme ça je ne gêne plus

tous ceux que j’ai crus amis

et qui ont mis la main sous leur cœur

pour attraper les larmes

sans cesse encore répandues.

 

Mais moi je meurs pas

je suis de méchant fer

j’ai tout rouillés

le ventre, le sang, le cœur,

ce cœur assassiné

écrasé sous le maillet des jours,

réduit comme peau d’âne.

 

S’il est âne

c’est le destin qui l’a voulu,

dans la course avec la vie resté en arrière

et le soleil n’a pas vu ses larmes

elles sont arrivées en eau bénite

dans leur ciel qui ne croit pas aux idiots.

 

Il pleure, oh s’il pleure, l’âne !

même quand il y a des marguerites

qui fleurissent dans le mois de Marie,

le mois des roses,

mais toujours des fleurs d’âne…

 

aussi personne ne sait sa douleur

quand il rêve de la mort

et la voit belle comme une étoile,

comme une comète,

mais la peur l’abat

et si seulement il faisait vite jour, dit-il,

pour respirer encore et déranger le soleil !

 

                                            [1996, Puozze arrabbià, Bari, La Vallisa, 1999]

 

 

I fuoche de novembre só appecciate  .              cu na viulenze ca me mbaurissce   

resorge palummelle e mmóre cane

nda na vijanove ca nun téne anzute

Oje mamma mije e vita benedette

appene tocche fierre nassce viende

m’accerchje cume fosse delinguende

me daje a bbeve miére fatte acite

Me só stangate de èsse n’impotende

si mette r’asscedde fazze mala fine

nun póte vuluà chi nun pusséde abbuole

chi scarpe de cemende porte e piede

nghiuvuate nderre reste ósce e ssembe

ósce e ssembe spere ca Dije nge sije

 

 

 

 

Les feux de novembre sont allumés       .   avec une violence qui me fait peur

je renais tourterelle et meurs chien

dans une ruelle qui n’a pas d’issue.

Ô ma mère, ma vie bénie,

dès que je touche du bois se lève un vent

qui m’entoure comme si j’étais coupable,

me donne à boire un vin tourné acide.

Je suis fatiguée d’être sans pouvoir,

s’il me pousse des ailes je finirai mal,

il ne peut voler celui qui n’a le vol,

qui porte aux pieds des souliers de ciment

restera pour toujours cloué à terre,

espérant chaque jour que Dieu existe.

 

                 . “Questo dolore che mangia”,

.           ………… Le Voci della Luna, 2009

 

 

 

finiguerra 

 

 

Je peux pas dire le nom de qui j’aime

vie ou mort c’est la même chose

sang de Dieu ou jardin de roses

ou ciguë qui empoisonne le plat.

Tu veux trop en savoir, que te dire ?

Il m’aime quand on est au lit,

et puis il me voit à nouveau comme la chouette

qui dort dans une bulle de savon.

Je peux encore me sentir femme

si en chandelle sur l’autel je me consume

et si, orgueil vaincu par la fumée,

agite pieds et mains la marionnette ?

 

                                                                                                    (tr. JcV)

 

 

 

FRONTiere, MARches (19)

Un poète méconnu, dans une langue marginale ?

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Bien qu’il n’ait utilisé aucun « dialecte » ni langue minorée, Lorenzo Calogero a été à tous égards un écrivain di frontiera, encore mal diffusé dans son propre pays, en dépit même de quelques tentatives récentes de prétendue internationalisation de sa voix singulière. Quelques excellents travaux ont commencé à être publiés, dont la monographie de Caterina Verbaro I margini del sogno – La poesia di Lorenzo Calogero, Pisa, ETS, 2011. Nous avons, au sein du CIRCE, essayé de collaborer avec le site florentin de Villanuccia, et publié dans notre propre blog [Une autre poésie italienne] quelques beaux textes poétiques. Un certain nombre, parmi nous, ont également contribué à faire connaître ce poète profondément plurilingue. Ce n’est pas suffisant bien sûr, et cette petite contribution ne veut être qu’une pierre de plus, apportée en hommage à l’une des expressions les plus originales du milieu du XX° siècle italien, lequel a été lui-même tellement fécond et varié en poésie. Voici donc un texte assez « classique » dans l’itinéraire de Lorenzo Calogero, et sa tentative de traduction dans une langue assez réticente, en revanche, aux phénomènes di frontiera, comme l’on sait…

.   PERPENDICOLARMENTE A VUOTO

Perpendicolarmente a vuoto

tracce erano, limiti, e da questa parte

il vento, in prati ove non si odono

cose di cui non mi ricordo;

e sai quanto noioso un ramo

era e mi guida e dall’aria

mi divide che non amo. Più non riconosco

una larvata presenza di essere,

un’usanza di crescere e non basta:

se mi soffermo un poco un soffio

era già troppo e il resto. Sinuoso

e sveglio un vano respiro d’albero

corrompe me pure in una dolcezza varia.

Una levigatezza che apparve nello spazio

soffre il vuoto, il disordine, il discendere

dell’età morente. Un alito ricrebbe nella guazza.

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I sottintesi richiami un respiro d’aria,

una solitudine già odono.

.

Nella nebbia, per quanto so

ora, come in questa, è partita

la tua presenza dalla grazia

come la sofferenza dalla veglia

del suo volo.

 

Perpendiculairement à vide

Perpendiculairement à vide

c’étaient traces, bornes, et de ce côté

le vent, en des prés où l’on n’entend aucune

chose dont je ne me souvienne ;

et tu sais combien gênait une branche

qui me guide et me sépare

de l’air, que je n’aime pas. Je ne reconnais plus

une présence larvée d’être,

une coutume de croître et cela ne suffit pas :

si je m’interromps un peu un souffle

était déjà de trop et le reste. Sinueuse

et éveillée une vaine respiration d’arbre

me corrompt moi aussi en une douceur diverse.

Une polissure qui apparaît dans l’espace

souffre du vide, du désordre, de la descente

de l’âge mourant. Une haleine à nouveau enfla dans la rosée.

.

Les rappels suggérés entendent déjà

une respiration d’air, une solitude.

.

Dans la brume, pour autant que je sache

à présent, comme en celle-ci, est départie

ta présence de la grâce

comme l’est la souffrance de la veille

de son vol.

 (JcV)

.