Silvio’s Glam Democracy de Gerardo Maffei, le 8 mars à Paris

Le 15 mars 2012 sort en librairie Silvio’s Glam Democracy, la nouvelle œuvre de Gerardo Maffei, éditée par les Éditions du Félin, traduction d’Olivier Favier, préface de Ada Tosatti.
Ce livre, mis en scène dans un spectacle homonyme, dirigé et interprété par Gerardo Maffei, sera présenté à la Galerie Kiron de Paris en avant-première le 8 mars 2012.

Silvio’s Glam Democracy de Gerardo Maffei n’entend pas reproduire un langage, mais le réinventer, en transformant le matériau brut du quotidien en objet d’art. Silvio’s Glam Democracy ne se veut pas un instant-play, mais un projet de poésie civile dont la fonction démystificatrice et désacralisante s’étend au-delà de la conjoncture politique immédiate. Ce n’est pas un hasard si sa publication a lieu précisément au moment où une époque (celle de la domination incontestée de Silvio Berlusconi) semble toucher à sa fin. Le vrai problème en fait tient dans la lente et inexorable accoutumance des peuples à la « Glam Democracy » : la démocratie n’est plus la défense des droits des citoyens ou la construction de mondes plus justes, mais une identification passive à la rock-star politique de service. Gerardo Maffei choisit sciemment de publier sa nouvelle œuvre en France, pendant les élections, en constatant comme le puissant virus de la Glam Democracy se diffuse rapidement dans la plupart des états occidentaux. C’est la conséquence directe de ce « génocide des cultures », pour parler comme Pier Paolo Pasolini, qui a tué l’être, pour le remplacer par l’image spectaculaire.

Gerardo Maffei est auteur dramatique, acteur et metteur en scène de théâtre italien. Personnage controversé, descendant des poètes satyriques Ludovico Sergardi et Alessandro Tassoni, il est un narrateur attentif et sensible au monde contemporain. Son parcours de recherche théâtrale l’amène à mêler les codes et les registres d’expression. Parmi ses dernières mises en scène on signalera: Memorie di Barry Lyndon, d’après W.M. Thackeray, La Brouette de Luigi Pirandello et Silvio’s Glam Democracy, qui sera présenté en avant-première du 8 au 12 mars 2012 à la Galerie Kiron à Paris.


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Italie post-Berlusconi

Les habits neufs de l’Italie post-Berlusconi

Les starlettes et le cachemire ont cédé la place aux profs et aux lodens. La conversion express de l’Italie est impressionnante. Mais peut-on vraiment troquer aussi vite le vice pour la vertu ?

Par Philippe Ridet

L ‘année 2011 tirait à sa fin. Encore quelques minutes et c’en serait fini de cette année qui avait vu Silvio Berlusconi chassé du pouvoir au terme d’une agonie politique qui a bien failli être celle du pays. Remercié par les marchés, snobé par ses pairs,  » le Caïman  » avait quitté la scène, cédant la place, le 16 novembre, à l’austère Mario Monti. Comme des millions d’Italiens, ce 31 décembre, nous étions devant notre téléviseur moins pour regarder le programme que pour mettre nos montres à l’heure. A l’écran, les traditionnelles danseuses se déhanchaient, filmées à hauteur de cuisse. Le spectacle de la vulgarité continuait comme si de rien n’était. Enfin presque. Les danseuses reparties, l’animateur en smoking propose un sondage express.  » Quelle femme a selon vous, chers télé-spectateurs, le plus marqué l’année 2011. Angela Merkel, Belen Rodriguez ou Kate Middleton ? Top, vous avez cinq minutes pour voter par SMS.  »

Ancien mannequin argentin, vedette de la télévision italienne et de quelques navets cinématographiques, Belen Rodriguez a toutes les chances de l’emporter. Angela Merkel ? Trop sérieuse, pas assez de glamour au pays des latin lovers. Kate Middleton, la fraîche épouse du prince William ? Presque une inconnue de ce côté-ci des Alpes, où la presse lui a préféré sa soeur, Pippa, dont elle a diffusé abondamment les photos de la chute de reins. Surprise : Angela Merkel sort victorieuse du scrutin ! Le pire, toujours certain dans la Péninsule, est cette fois évité.  » Merci à tous, lance l’animateur comme soulagé avant de lancer le compte à rebours vers la nouvelle année. Vraiment, ce résultat prouve que l’Italie a changé !  » Vraiment ?

A la même heure, Mario Monti dîne dans son logement de fonction du palais Chigi, siège de la présidence du conseil. Son prédécesseur n’y a dormi qu’une seule fois, préférant son appartement privé du palais Grazioli. Plus discret pour recevoir ses visiteuses du soir. Dix personnes sont rassemblées autour de la table du réveillon : sa femme, leurs deux enfants et leurs conjoints, leurs petits-enfants, sa belle-soeur. Le menu respecte la tradition du Nouvel An : tortellini (pâtes) au bouillon, cotechino (sorte de saucisson à cuire, en beaucoup plus gras), lentilles (symbole de richesse) et pandoro (brioche un peu bourrative). A minuit et quart, tout le monde sera parti se coucher. On est comme ça chez les Monti : vieux jeu et couche-tôt.

Comment le sait-on ? Très simple. En réponse à un élu de la Ligue du Nord qui soupçonnait le chef du gouvernement d’avoir fait bombance aux frais de l’Etat, les services du palais Chigi ont publié un communiqué détaillant le nom des convives, l’heure de leur arrivée et celle de leur départ, la liste des achats, les prix et l’adresse des commerçants où Elsa Monti en personne est allée faire ses courses. Deux pages conclues ainsi :  » Le président Monti n’exclut pas qu’en raison du nombre relativement élevé d’invités de légers surcoûts soient à la charge de l’administration concernant la consommation d’électricité, d’eau et de gaz.  »

Tout Monti est là, dans ce mélange de rigueur, de tradition et d’humour. En près de cent jours au pouvoir, il est parvenu à imposer son style à l’Italie gavée et écoeurée par la démesure de son prédécesseur. [ … ]  – lire la suite dans :

http://www.lemonde.fr/m/article/2012/02/17/les-habits-neufs-de-l-italie_1644116_1575563.html#ens_id=1571660

L’Italie expliquée aux Français

« Je ne peux dîner à la table d’amis français sans que soit posée la question : « Mais comment avez-vous pu, vous, les Italiens ?… » Souvent, la phrase reste pudiquement en suspens, aucun nom n’est prononcé, de toute façon, le sous-entendu est clair. La question est importante et il est difficile d’y répondre au pied levé tout en dégustant les mets savoureux de la maîtresse de maison. Le repas appelle du bon vin et des conversations légères, mais se prête peu à un sujet qui traîne une longue histoire et implique une foule d’éléments et de personnages, grands ou petits. Comment avez-vous pu, vous, les Italiens ? C’est vrai, comment avons-nous pu ? »

C’est à cette question que Corrado Augias, journaliste à La Repubblica, tente d’apporter une réponse, dans son livre L’Italie expliquée aux Français. Comment le pays qui a vu naître Dante, Michel-Ange, Fellini a-t-il pu élire trois fois (1994, 2002 et 2008) pour le diriger l’inventeur du ‘bunga-bunga’ ?

Pour tenter de répondre, Augias remonte le fil de l’histoire, et s’emploie à tisser des liens. De l’Unité tardive à une géographie par trop étirée, de l’influence la télévision, « arme de distraction massive », à « Tangentepoli », de l’influence de l’Eglise aux années de plomb, des révolutions locales aux grands rendez-vous manqués avec l’Histoire, Augias convoque « l’hérédité du passé » pour expliquer un présent dont Berlusconi ne serait qu’un douloureux symptôme

Ce livre, paru deux mois avant la chute du troisième (et dernier ?) gouvernement Berlusconi est une synthèse stimulante permettant de parcourir les grandes étapes de la construction de l’Italie et de l’identité italienne.

Alexandra Gompertz

Corrado Augias, L’Italie expliquée aux Français Flammarion, 120p. Traduit de l’italien par Anaïs Bokobza.

Une rencontre avec Corrado Augias aura lieu le MARDI 31 JANVIER à 19h

A la Maison de l’Italie, Cité Universitaire

En collaboration avec l’Association DIRE.

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Signalons deux livres – bien différents – ayant abordé la même situation catastrophique, parus juste avant la chute du gouvernement Berlusconi :

– Ugo PISCOPO, Le Campe al Castello, ‘azione teatrale in quattro quadri’ (pref. V. Monaco Westertahl, Salerno, Plectica, 2011 (avril), 137 p. [campa est le terme méridional pour « bruco » vorace]

– Valerio MAGRELLI, Il Sessantotto realizzato da Mediaset (Un dialogo agli Inferi), Torino, Einaudi, 2011 (novembre), 74 p. [Avertissement de l’auteur : « Alla luce dei pochi, convulsi mesi trascorsi … mi auguro che queste pagine risultino tanto meno urgenti per il presente, quanto più istruttive per il futuro »]

N.B. Magrelli et Piscopo sont tous deux universitaires et poètes.