Projection Miel et magnésie : ce soir

Cher adhérent.e.s de Nos Italies, Chers tous,
Nous vous rappelons que ce soir, à 17h30 aura lieu en salle D32 
 
la projection du film Miel et Magnésie d’Ellénore Loher, 
étudiante en L3 au département
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La projection sera précédée d’une présentation de Anne Boulé, MCF spécialiste de cinéma italien au département.
L’événement a été organisé par Enrica Boni, que nous remercions!
Pour plus d’information, nous vous invitons à aller voir (et liker!) notre page facebook
L’entrée est libre et gratuite pour les adhérents.
En espérant vous voir nombreux ce soir!
Le bureau de Nos Italies – Paris 3
L’image contient peut-être : texte  Projection du film Miel et Magnésie de Ellénore Loehr - copie

FRONTiere, MARches – P.S.

Philothei Iordani Bruni nolani Cantus circæus

                      Une autre langue couramment utilisée, sinon ‘courante’ dans la péninsule italienne, au moins jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, était le latin moderne. Des poètes modernes et contemporains, par ailleurs, ont écrit (et non banalement traduit) dans cette langue, de Pascoli à Sovente, pour n’en citer que deux… Voici, à titre de simple illustration, le Chant de Circé, sorte d’introduction poétique au traité ésotérique et mnémonique de même titre, publié à Paris en 1582 par E. Gilles pour le compte de Giordano Bruno alors absent de la capitale. En son nom, J. Regnault dédie ce livre au chevalier Henri d’Angoulême, grand Prieur de France et Gouverneur de Provence, demi-frère du roi Henri III : « Ad Altissimum Principem Henricum d’Angoulesme, magnum Galliarum Priorem, in Provincia Regis locumtenentem, &c. », comme on lira ci-dessous.

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[Voir, sur l’ouvrage lui-même : M. Matteoli – R. Sturlese, Il canto di Circe e la ‘magia’ della nuova arte della memoria del Bruno, Atti « La magia nell’Europa moderna » a cura F. Meroi, Florence, Olschki, 2007.]

Visurus magam magni solis filiam,
            Pour voir la magicienne fille du grand soleil

His procedens é latebris,
                          T’avançant hors de ces lieux clos

Ibis Circêum liber in hospicium,
                Tu iras librement au séjour circéen

Haud arctis arctis clusum terminis.           Non confiné par d’étroits confins.

Balantes oues, mugientes & boues,
           Bêlants moutons, bœufs mugissants,

Crissantes hoedorum patres
                       Et bondissants géniteurs de chevreaux,

Visurus, vniuers’ & campi pecora,
              Pour les voir ainsi que le bétail des champs

Cunctasque syluæ bestias.                         Et tous les fauves de la forêt, tu iras.

Concentu vario errabunt cæli volucres,
      Les volatiles mettront leur concert dans l’air,

In terra, in vnd’ in aere.
                               Parcourant le ciel, la terre et les ondes.

Et to dimittent illæsum pisces maris,
           Mais les poissons de la mer te laisseront

Naturali silentio;                                           Passer sans rompre leur silence habituel.

Tandem caueto, quando domum appuleris,
  Attention pourtant, près de la demeure,

Inuenturus domestica:
                                    Quand tu voudras retrouver les familiers :

Namque antè fores, aditumqu’ ant’ atrii,
       Car devant le seuil, juste avant l’atrium,

Limosum se præsentans                                Tout boueux t’apparaîtra

Occurret porcus, cui si forté adhæseris:
    Courant le porc, dont si trop près tu approches,

Limo, dentibus, pedibus:                            De boue, des dents, des pieds

Mordebit, inquinabit, inculcabit,
                  Il te mordra, te souillera, te piétinera,

Et grunditu t’ obtundet.                               Et de son grognement t’assourdira.

Ipsis in foribus, in adituqu’ atrii,
                 Dans l’entrée, sur le seuil même,

Moraus genus latrantium:
                         L’espèce des bêtes aboyeuses

Molestum fiet baubatu multiplici,
              Te submergera de hurlements multiples

Et faucibus terribile.                                  Et t’effraiera de toutes ses gueules.

Hoc ni desipias, & nisi desipiat,
                  Si cela ne t’affole ni ne les rend fous,

Metu dentis, & baculi,
                                 Craignant leurs crocs, eux ton bâton,

Te non mordebit, ipsum non percuties,
      Ils ne te mordront pas, toi ne les frappe pas,

Perges, nec te præpediet.                          Mais va de l’avant, ils ne s’opposeront pas.

Quæ cum solerti euaseris industria,
             Ces épreuves brillamment surmontées,

Interiora subiens :
                                         Poursuivant alors vers l’intérieur,

Solaris volucer to gallus excipiet,
                 Le solaire volatile, le coq, t’accueillera

Solis committens filiæ.
                                  Pour te présenter à la fille di soleil.

(tr. JcV)

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FRONTiere, MARches (18)

En attendant le mois de mai…

 

– Disputes, débats, tensons… et “genre”

Aux frontières de la langue de son époque, à la fois par le thème abordé (un amour que Dante, peut-être, aurait pu dire ensuite « hermaphrodite »*), la langue choisie – un curieux mélange de stylèmes recherchés et d’expressions triviales, proche des habitudes des poètes de la Magna Curia sicilienne parmi lesquels le place encore Spitzmuller – et surtout la forme métrique absolument originale, que l’on a sans doute un peu vite rapprochée du vieil alexandrin français (j’aurais là-dessus une tout autre hypothèse**), cette dispute ou contraste de Cielo ou Celi d’Alcamo avait sa place dans cette série, bien qu’elle n’ait pas vraiment l’allure d’un texte minoré (ni même dialectal). La décélération en descente ou en glissade, à l’hémistiche, permet de seconder la gestuelle verbale et la forte théâtralité de la composition, qui n’allait pas échapper à un jongleur tel que Dario Fo. Comme d’habitude, c’est d’abord par la forme – moins convenue dans les vers doubles (certes proches quand même du vénérable trimètre évoqué ci-dessus), davantage rassurante dans les décasyllabes terminaux – que la traduction essaie de rendre compte matériellement de cette singularité. Une invention assez réussie de Cielo, en tout cas, pour avoir trouvé des imitateurs dès le siècle suivant, et puis devenir relativement populaire ou du moins commune, sous la variante dite martelliana (S. Cammarano : Invan tentò la misera  –  fermarsi e benedirmi), celle-là, oui, d’inspiration française.

Cielo d’Alcamo

 

Contraste

« Rosa fresca aulentis[s]ima… »

– Rose fraîche odorante qu’     on voit quand vient l’été,                        1

les dames te désirent       pucelles et mariées :

ôte-moi de ces flammes s’      il plaît à ta bonté ;

pour toi je n’ai déduit, la nuit, le jour,

toujours pensant encore à vous, Ma Dame.                                            5

.

– Si de moi te tourmentes-t’      folie te le fait faire.

Tu pourrais la mer rompre,      semer dedans les airs,

les avoirs de ce siècle [en]      entier les amasser :

tu ne pourrais avoir moi en ce monde ;

plutôt le chef avant me ferai tondre.                                                      10

[…]

[Texte de l’éd. Contini, Poeti del Duecento, Milano-Napoli, Ricciardi, 1960 (t. I) ;
des lecteurs plus récents voient le second hémistiche du v. 7 comme
“avanti asemenare” (avant de semer, avec un double sens obscène).]

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Note : Sur le très discuté vers 2, voir par ex. Bonagiunta Orbicciani da Lucca, Ballata III : “Maritate e pulselle / di voi son ’namorate / pur guardandovi mente: / gigli e rose novelle, / vostro viso aportate / sì smirato e lucente!” (éd. A. Menichetti, Galluzzo 2012), à savoir : Marïées et pucelles / de vous sont amoureuses / rien qu’à vous regarder : / lis et roses nouvelles, / tel est votre visage / si brillant éclairé ! Et comparer : G. R. Ricci, L’interpretazione rimossa – I primi due versi del Contrasto di Cielo d’Alcamo, Firenze, Quaderni di Gazebo, 1999. Ici, “rosa” est bien sûr métaphore globale, mais aussi avec synecdoque (du sexe féminin), et métonymie un peu plus originale (associée à l’acte sexuel – conçu comme fonctionnel) : union d’images complexes reliées, ainsi que le dira plus tard Rabelais à propos de la mentula masculine, par naturelle « colliguance » (Quart Livre, Prologue : « ô belle mentule, voire diz ie, memoire. Ie solœcise souvent en la symbolization & colliguance de ces deux motz »). Le “genre”, une fois encore, semble compter assez peu.  

Plus explicite, Rambaud de Vaqueiras (une des sources probables de Cielo), après avoir vanté la beauté « Fresca com rosa en mai » de la Génoise, prie celle-ci « Qe voillaz q’eu vos essai, / Si cum provenzals o fai,     qant es poiaz », autrement dit qu’elle veuille bien constater comment est fait un Provençal quand il est puissant.

Pour ce qui est de la forme, sans aucun doute originale, on lui comparera cette plus modeste ciciliana (peut-être dérivée) connue comme « Lévati dalla (mia) porta » depuis sa publication au XIXe siècle par Carducci (Cantilene e ballate). La traduction suit les mêmes principes que ceux exposés plus haut :

Dame

            Ôte-toi de ma porte…

                                                       (etc.)

Amant

            Madame, ces paroles

                                               par dieu ne me les dis.

            Tu sais que chez toi vins-je

                                                         non pour être parti.

            Lève-toi, belle, et ouvre-m

                                                        à me laisser venir ;

            ensuite ordonneras.

 

Dame

            Si tu me donnais Tràpane,

                                                       Palerme avec Messine,

            ma porte ne t’ouvré-je

                                                 si me faisais reïne.

            Si mon mari entend-ce

                                                  ou cette mal-voisine,

            morte détruite m’as.

                                                                              (etc.)

 

 [tr. JcV]

 


* Je me permets de renvoyer à ma lecture du chant xxvi du Purgatoire, dans la Postface à La Comédie – Poème sacré (prés. et trad. J.-Ch. Vegliante, bilingue), Paris, Gallimard ‘poésie’, 2012, p. 1219-22.

** Voir à présent : Quasimodo (et Cielo d’Alcamo), hypothèse andalouse. (nov. 2013).

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FRONTiere, MARches (17)

Elegia giudeo-italiana (XII sec.)

La Elegia del XII secolo è il più antico testo in dialetto giudeoitaliano, il cosiddetto ‘latino’, oggi noto come italkian, ma ormai per lo più estinto. Elegia composta sul motivo (e la forma) di Tissather le-allem, anche per il metro, abnorme da ogni uso italiano. La lingua – ma soprattutto l’uso di alcuni stilemi caratteristici – sarebbe quella delle Marche meridionali (Cassuto).

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La ienti de Sïòn plange e lutta;

dice: «Taupina, male so’ condutta

em manu de lo nemicu ke m’ao strutta ».

 

La notti e la die sta plorando,

li soi grandezi remembrando,

e mo pe lo mundu vao gattivandu.

 

Sopre onni ienti foi ‘nalzata

e d’onni emperio adornata,

da Deo santo k’era amata.

 

E li signori da onni canto

gìanu ad offeriri a lo templo santo,

de lo grandi onori k’avea tanto.

 

Li figlie de Israel erano adornati

de sicerdoti e liviti avantati,

e d’onni ienti foro ‘mmedïati.

 

Li nostri patri male pinzaru,

ke contra Deo revillaru:

lu beni ke li fici no remembraro.

 

Pi quisto Deu li foi adirato,

e d’emperiu loro foi caczato,

ka lo Soo nome àbbero scordatu.

 

 

 

Tanto era dura loro signoria,

la notte prega ·dDio ke forsi dia,

la dia la notti, tanto scuria.

 

Ki bole aodire gran crudeletate

ke addevenni de sore e frate,

ki ‘n quilla ora foro gattivati?

 

Ne la prisa foro devisati:

ki abbe la soro e·cki lo frate;

e ‘n gattivanza foro menati.

 

 

 

En quillo planto s’àbbero aoduti,

e l’uno e l’altro conosciuti:

«Soro e frati, ovi simo venuti?».

 

E l’uno e l’altro se abbraczaro,

e con grandi planto lamentaro,

fi’ ke moriro e pasmaro.

 

Quista crudeli ki aodisse,

ki grandi cordoglio no li prindisse

e grande lamento no ne facisse.

 

 

lo santo Too nome bendicenti.

Le peuple de Sion pleure et a deuil ;

il dit : « Malheureux, me voilà livré

aux mains de l’ennemi qui m’a détruit. »

 

La nuit et le jour il reste à pleurer,

en se remémorant sa grandeur,

alors qu’il vit esclave par le monde.

 

J’ai été élevé sur tous les peuples

et orné de toute la puissance,

car de Dieu très-saint j’étais aimé.   

 

Et de toutes parts les bons seigneurs

venaient faire offrande au très-saint temple,

car il était tenu en grand honneur.

 

Les enfants d’Israêl étaient choyés,

par prêtres et lévites fort loués,

et parmi tous les peuples enviés.

 

Nos pères malignement pensèrent

quand contre Dieu ils se révoltèrent;

le bien qu’Il avait fait ils l’oublièrent.

 

Pour ce Dieu fut contre eux courroucé

et de leur empire ils furent chassés,

car Son nom ils avaient oublié.

 

                         […]

 

Leur soumission était tellement dure

que la nuit ils priaient Dieu qu’il fît jour,

et le jour la nuit, tant il était sombre.

 

Qui veut entendre quelle cruauté

arriva à une soeur et son frère,

qui en ce temps furent capturés ?

 

Mis en prison ils furent séparés :

tel eut la soeur et tel autre le frère,

et on les mena en captivité.

 

                   […]

 

Ils finirent par s’entendre, à leurs pleurs,

et par se reconnaître l’une l’autre:

« Sœur et frère, où en sommes venus ? »

 

Et l’un et l’autre, ils s’embrassèrent,

et par de grands pleurs se lamentèrent,

jusqu’à en mourir pâmés par terre.

 

Personne, entendant cette cruauté,

qui ne serait pris de grand tourment

et pousserait grandes lamentations.

 

                      […]

 

Ton très-saint nom toujours bénissant.

 

 Poeti del Duecento, a cura di Gianfranco Contini, Mil.-Napoli, R. Ricciardi ed. 1960.

(Trad. JcV)

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Encore une traduction collective…

… en attendant l’ouverture de notre Master-Pro.

Cette année, un groupe d’étudiant(e)s de L3, entraîné(e)s par Constance Garby, Eléa Tall et quelques autres, en complément d’une étude approfondie de poétique (à l’enseigne de la « Mémoire du poème »), a travaillé à la traduction en vue d’une édition du court poème de Carlo BETOCCHI (1889-1986), inédit en volume – Poèmes épars. La structure très classique du texte (un carré parfait, 10×10, non exempt de « rimes » au sens moderne du terme : assonances en -A principalement), imposait d’emblée la contrainte d’une forme régulière, par où est donnée la première (essentielle) signification de toute poésie.

Betocchi e gli alberi

Betocchi e gli alberi

Ce texte avait déjà été traduit par l’équipe « Une autre poésie italienne » (CIRCE), en vers de 11 positions. On peut lire cette version, très différente, dans le site de l’équipe. Les étudiant(e)s de L3 ont effectué de longs et subtils essais en 12 (dodécasyllabes, pas toujours « alexandrins ») et en 10 positions ; par exemple, le premier vers a longtemps été « La feuille vague lentement au fil de l’eau » (trimètre). Cet atelier, ou laboratoire théorique-pratique, a bien sûr servi aussi à affiner la lecture même du texte original – comme d’habitude, la traduction est d’abord ce que nous appelons une « hyper-lecture ». Leur choix définitif a été pour le décasyllabe, ainsi qu’on va le lire ci-dessous.

Nous espérons, secondairement, qu’un éditeur français se décide à offrir à ce très grand poète du premier Novecento l’édition bilingue à laquelle il aurait droit Ed. Lucie(voir aussi :

)…

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La foglia vaga lenta su per l’acque;

canta il verde degli alberi; la macchia

lungo il fiume sta in ombra: il cielo splende.

   La terra avvampa al sole che la spacca:

   punto d’ombra remoto entro la stanza,

   son io co’ miei pensieri: e tutto esiste,

   il mio sentire occulto e vago in ombra,

   e l’insorgere in esso dei grand’alberi,

   il fluire dell’acqua, ed il giacere

   ardente e senza dubbi, arso, dei campi.

Carlo Betocchi
(Poèmes épars ; premier titre « Siesta »)

La feuille vague, lente, sur les eaux ;
chante le vert des arbres ; les broussailles
le long du fleuve à l’ombre : le ciel brille.
La terre brûle au soleil qui la fend ;
lointain point d’ombre au-dedans de la chambre,
c’est moi et mes pensées : et tout existe,
mes sensations cachées, vagues dans l’ombre,
et l’irruption en elles des grands arbres,
l’écoulement de l’eau et l’étendue
ardente et sûre, desséchée, des champs.

trad. : groupe L3 (EIR), 2013

(scripteur : JcV)