Arlequin valet de deux maîtres

«Ho fatto una gran, ho fatto dei mancamenti, ma spero che, per rason della stravaganza, tutti sti siori me perdonerà.»

L’une des œuvres majeures de Goldoni est jouée à La Comédie italienne, un spectacle que la critique du Canard enchaîné donne fort envie de voir…

                       

« Entrer au 17 rue de la Gaîté, c’est franchir le seuil d’un rêve. Attilio Maggiulli, démiurge des lieux, ancien élève de Giorgio Strehler ai Piccolo Teatro de Milan, gambade, cabriole, jubile, travestit, invente un monde croustillé d’or. Il nous aligne des contes à rire debout, les yeux démesurément ouverts. Il nous mène par le pied de nez au pays des songes, plein de suc et de sève. Il chute ? Il rebondit. Le ministère, méprisant cette abeille […] lui supprime ses subsides ? Narquois, il repeint sa façade de couleurs éclatantes : comme un hymne à la joie. […]

« Arlequin valet de deux maîtres » | © D.R.

C’est un simple canevas qu’a écrit Goldoni en 1745, à Pise, laissant toute liberté à la troupe d’alors pour improviser au gré de son humeur. C’est la même méthode qu’a utilisé Strehler au fil de ses six version successives à partir de 1947. « A part les mots grossiers et les situations scabreuses, tout ce monde est le maître de mes écrits », avertissait l’auteur, qui, peu de temps après cet « Arlequin », en 1753, écrivit par défi douze pièces en douze mois.

Le point de départ se situe au moment des préparatifs du mariage de Clarice, fille du vieux grigou de Pantalon, avec le belliqueux Silvio, fils du Docteur. Survient Arlequin, qui annonce la visite de son nouveau maître, Federico Rasponi, de Turin, l’ancien fiancé de Clarisse qu’elle n’aimait pas…Tiens ! Mais n’est-il pas mort dans une embuscade, assassiné, celui-là ? A partir de là, impossible pour un être normalement constitué de suivre l’intrigue : c’est la règle, même du divertissement. Car personne n’est vraiment le personnage qu’il affiche. Les lapins sont des loups et réciproquement, souvent du sexe qu’on n’attendait pas. D’où de prodigieuses, d’inextricables combinazioni que brasse avec délice Arlequin. Bravo maestro ! »

Bernard Thomas, Le Canard enchaîné, n°4752.

La Comédie Italienne, 17 rue de la Gaîté, 75014 Paris

Alexandra Gompertz

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