Les migrations racontées aux enfants…

La robe rouge de Nonna

Il n’y a pas d’âge pour plonger et (re)plonger dans ces albums qui, en quelques pages seulement, sont capables de nous faire voyager dans des interstices imaginaires pleins de possibles, et en même temps si denses de réalité.

Je parle bien sûr des albums jeunesse, jusqu’à il y a peu cantonnés aux étagères des crèches-garderies, et qui suscitent de plus en plus l’intérêt de nos spécialistes ès littérature. Car ils sont un outil merveilleux d’éducation, d’éveil et de sensibilisation, qui permet de véhiculer mille et une idées dans un format pourtant accessible à tous.

La robe rouge de Nonna, paru en janvier dernier chez Albin Michel Jeunesse, ne manque pas à cette double mission : il marque d’une part une approche inédite de l’histoire de l’immigration italienne en France, phénomène marquant qui intéresse depuis longtemps historiens et sociologues, qu’il aborde avec sérieux et pédagogie ; mais surtout, il nous la présente sous un jour nouveau, à travers le regard d’une petite fille fourmillant de questions et la riche palette, explosant de couleurs, d’une fresque engagée.

Nonna, pourquoi..

« Nonna, pourquoi tu ne chantes qu’en italien ? » Et Nonna de raconter à sa petite-fille curieuse son histoire, son enfance à l’époque des chemises noires, les humiliations et les brimades, et enfin, le départ… Réalités à peine simplifiées, évoquées avec des ellipses pudiques mais suggestives, soulignées par les illustrations de Justine Brax, qui en quelques traits seulement réussit à exprimer la joie, la douleur, la peur, la honte, la tristesse d’une histoire qui pourrait être celle de tant de nos ancêtres.

C’est en tous cas d’une histoire vraie, celle de la grand-mère d’Isabelle Chatelard, que Michel Piquemal s’est inspiré pour écrire cette histoire pour enfants qui s’inscrit cette fois non pas dans le temps suspendu des contes de fées, mais dans celui, sismique, de l’Histoire des totalitarismes et de l’émigration : la robe rouge de Nonna, chargée de symboles, sera cependant, comme pour Peau d’Âne et Cendrillon, le point de départ d’un renouveau.

On ne peut que vivement recommander, pour ses vertus didactiques et ses dessins magnifiques, la lecture de ce livre qui ravira petits et grands, et touchera profondément toutes celles et ceux dont l’enfance a été bercée par les chants et la tendresse d’une Nonna…

Mélanie Fusaro

[La robe rouge de Nonna, de Michel Piquemal, illustrations de Justine Brax, Albin Michel Jeunesse, Janvier 2013, 38 pages, 13,50 euros]

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Note : rappelons le « classique » du genre, le film MIMA de Philomène Esposito [1990], avec Virginie Ledoyen, pour lequel nous renvoyons à :  http://cedei.univ-paris1.fr/latrace5.htm et à notre « Gli italiani all’estero », tome IV, Ailleurs, d’ailleurs… (CIRCE, 1996). Dans ce film, à bien des égards précurseur, la petite Mima posait des questions plutôt à son nonno, mais la substance – et l’intérêt pour nous aujourd’hui – était comparable.

Les Arts Florissants de la Sardaigne, XIème édition

Du 21 au 26 mai 2013, la Maison de l’Italie accueillera la XIème édition du Festival « Les Arts Florissants de la Sardaigne« , organisé par Irma Tudjian, présidente de l’association Suoni & Pause.

Depuis onze ans, cette association poursuit le but de créer une passerelle culturelle et artistique entre Paris et la Sardaigne. C’est ainsi que le projet ambitieux des Arts Florissants de la Sardaigne vit le jour.
Cette année, le festival nous présente un programme riche en rencontres, expositions et projections. Mardi 21 mai à 18h, il y aura l’inauguration du Festival, suivie du vernissage de l’exposition de Tiziana Contu intitulé “Chè di fili in testa ho una vera officina”. Suivra à 19h30 la présentation d’une série de courts-métrages de Artavazd Peliscian.
Mercredi 22 et jeudi 23 mai à 19h30, nous pourrons respectivement assister à la projection de deux films italiens inédits en France: “Un milione di giorni” de Manuel Giliberti et “Dimmi che destino avrò” de Peter Marcias.
Vendredi 24 mai à 19h30, le festival se poursuivra avec un vidéo concert de Giovanni Coda et Irma Toudjian intitulé “Portraits”, suivi de la projection de “Il Rosa Nudo”, un film de Giovanni Coda.
En clôture de festival, samedi 25 mai à 19h30, nous sommes invité à un concert de Brahms et Schubert par l’ensemble vocal « Petite Suite ».
Non seulement la Sardaigne est un pays magnifique, mais sa culture vivante et ses artistes actuels gagnent à être connus. Alors, profitez de cette XIème édition des Arts Florissants de la Sardaigne à Paris.
Voir ici le programme complet.
                                                                                                Francesco Romanello
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– Voir, ci-dessous, un poème de Benvenuto Lobina (et sa traduction) dans la série des « autres » langues de la péninsule italienne (FRONTiere, MARches).
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Encore une traduction collective…

… en attendant l’ouverture de notre Master-Pro.

Cette année, un groupe d’étudiant(e)s de L3, entraîné(e)s par Constance Garby, Eléa Tall et quelques autres, en complément d’une étude approfondie de poétique (à l’enseigne de la « Mémoire du poème »), a travaillé à la traduction en vue d’une édition du court poème de Carlo BETOCCHI (1889-1986), inédit en volume – Poèmes épars. La structure très classique du texte (un carré parfait, 10×10, non exempt de « rimes » au sens moderne du terme : assonances en -A principalement), imposait d’emblée la contrainte d’une forme régulière, par où est donnée la première (essentielle) signification de toute poésie.

Betocchi e gli alberi

Betocchi e gli alberi

Ce texte avait déjà été traduit par l’équipe « Une autre poésie italienne » (CIRCE), en vers de 11 positions. On peut lire cette version, très différente, dans le site de l’équipe. Les étudiant(e)s de L3 ont effectué de longs et subtils essais en 12 (dodécasyllabes, pas toujours « alexandrins ») et en 10 positions ; par exemple, le premier vers a longtemps été « La feuille vague lentement au fil de l’eau » (trimètre). Cet atelier, ou laboratoire théorique-pratique, a bien sûr servi aussi à affiner la lecture même du texte original – comme d’habitude, la traduction est d’abord ce que nous appelons une « hyper-lecture ». Leur choix définitif a été pour le décasyllabe, ainsi qu’on va le lire ci-dessous.

Nous espérons, secondairement, qu’un éditeur français se décide à offrir à ce très grand poète du premier Novecento l’édition bilingue à laquelle il aurait droit Ed. Lucie(voir aussi :

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La foglia vaga lenta su per l’acque;

canta il verde degli alberi; la macchia

lungo il fiume sta in ombra: il cielo splende.

   La terra avvampa al sole che la spacca:

   punto d’ombra remoto entro la stanza,

   son io co’ miei pensieri: e tutto esiste,

   il mio sentire occulto e vago in ombra,

   e l’insorgere in esso dei grand’alberi,

   il fluire dell’acqua, ed il giacere

   ardente e senza dubbi, arso, dei campi.

Carlo Betocchi
(Poèmes épars ; premier titre « Siesta »)

La feuille vague, lente, sur les eaux ;
chante le vert des arbres ; les broussailles
le long du fleuve à l’ombre : le ciel brille.
La terre brûle au soleil qui la fend ;
lointain point d’ombre au-dedans de la chambre,
c’est moi et mes pensées : et tout existe,
mes sensations cachées, vagues dans l’ombre,
et l’irruption en elles des grands arbres,
l’écoulement de l’eau et l’étendue
ardente et sûre, desséchée, des champs.

trad. : groupe L3 (EIR), 2013

(scripteur : JcV)

Eduardo De Filippo, La grande magia

le jeudi 16 mai 2013, à 18h 

au Grand Amphithéâtre du Centre Malesherbes

108, bd. Malesherbes – 75017 – Paris – M° Malesherbes / Villiers

en langue italienne, avec surtitrages français

Eduardo De Filippo, La grande magia

– entrée libre –

Capture d’écran 2013-05-14 à 10.25.19

avec

Fabiano Pietrosanti     Otto Marvuglia

Victor Bas     Calogero Di Spelta

Charlotte Sève     Zaïra

Mirko Mazzola     Arturo Recchia

Vincent Roy     Gervasio Penna

Flaura Luo     Amelia Penna                 

Beatrice Orlandini     Marta Di Spelta, Brigadier de Police, Rosa Intrugli

Louis-Erwan du Bot     Mariano D’Albino, Roberto Magliano

Martina Saravo     Signora Locascio, Gregorio Di Spelta

Monica Hassoun     Signora Zampa, Gennarina

Daphné Humbert     Signora Marino, Signorina Zampa, Matilde Di Spelta

Jean-Noël Sainte Rose     Garçon du « Métropole »

Louis-Erwan du Bot son et lumière

Isabella Montersino coordination linguistique et artistique

Traduction et surtitrages réalisés par les étudiants du parcours « Langue, Linguistique et Traduction » : Clémence Dumain, Doriane Broglé, Deborah Dolente, Samy Boussedra, Camille Cieutat

 

Poésie vivante sur papier

À côté d’une multiplication de sites et blogs consacrés à la création – en particulier littéraire et multimédiale -, fort fréquentés, il y a aujourd’hui en Italie une très remarquable floraison d’éditions sur papier de cette forme d’expression « peu rentable » qu’est la poésie. Signalons, chez Einaudi, dans la prestigieuse collana bianca dirigée par Mauro Bersani, la parution de Nuovi Poeti Italiani 6 [volume consacré à 12 poétesses déjà affirmées : «tutte (poiché di donne si tratta) sono attive, da molti anni, nel panorama letterario italiano e spesso anche internazionale» — certaines, par exemple, sont présentes dans notre uneautrepoesieitalienne ].

Une forme particulière de ce renouveau, parfois soutenue par l’adossement à de vrais parcours professionnalisants d’universités de la Péninsule, est celle du livre d’art, à la typographie soignée (et pensée) et à l’illustration créative d’un artiste lecteur de l’oeuvre. Au moins deux initiatives méritent d’être signalées — il en est d’autres. D’abord, auprès de l’université de Vérone, celle qui a bénéficié de l’art typographique d’Alessandro Zanella, alessandrozanella trop tôt disparu, et des travaux d’étudiants de notre collègue Gian Paolo Marchi ; une exposition récente permet d’en apprécier toute l’importance. Ensuite, la création par Italo Testa de la collection da>verso_coincidenze, elle aussi puissamment soutenue par les étudiants de l’atelier « arte_poesia » du département Scuola di Grafica d’Arte del Dipartimento Arti Visive dell’Accademia di Brera de Milan. Une présentation de la première série de cette collection a été inaugurée ce printemps à Milan, via Friuli 32. De belles images ICI. Voilà qui devrait donner des idées à ceux et celles qui s’efforcent, dans notre département EIR, de développer des réalisations pratiques (traduction*, travail sur l’image, diction/récitation, cinéma sous-titré, etc.) en attendant peut-être l’ouverture effective d’un Master-Pro sur les échanges culturels France-Italie.

VOIR (lire)

Qu’on se le dise : la participation à ce blog, créé par et pour les étudiant(e)s d’Études Italiennes et Roumaines, en est une première manifestation.

 

(JcV)

* Saluons, à ce propos, la nouvelle revue "Traduzionetradizione" (un titre déjà utilisé par R. Luperini pour un volume en l'honneur de Fortini), dirigée par Claudia AZZOLA, qui sera présentée en juin prochain à la librairie parisienne Tour de Babel.