Un giallista hors du commun

Valerio Varesi est l’auteur d’une série policière désormais célèbre en Italie, tant et si bien que ses romans ont été adaptés pour le petit écran. Le commissaire Soneri est son héros, taciturne, désenchanté : une figure à la fois conventionnelle si l’on s’en tient aux classiques du genre (nous pensons bien entendu à Maigret ou à Poirot) et peu traditionnelle si l’on prend en considération l’”anthropologie policière” qui s’est affirmée en Italie depuis les années 90 et qui fit surtout la promotion d’enquêteurs à la main leste, inspirés de la littérature américaine.

Outre cette donnée de base qui distingue aujourd’hui Varesi de la masse des écrivains rendant un hommage lige aux canons du polar, à l’exclusion de Carlo Lucarelli (cf. les aventures du commissaire De Luca) et Andrea Camilleri (dont on ne peut dire que ses Montalbano reproduisent les lieux communs du noir anglo-saxon), la grande spécificité de l’écriture varésienne est d’interroger l’histoire italienne contemporaine – notamment celle du Ventennio – à partir des investigations locales, fondamentalement limitées à la Province de Parme, de son commissaire. Les paradoxes politiques enracinés dans le passé italien et qui font l’actualité de la Péninsule ces dernières années y apparaissent en filigrane ; il y sont même posés, analysés, médités et sont intimement liés aux affaires soumises à la sagacité de Soneri. Les non-dits de l’inconscient collectif affleurent à la faveur des crues et décrues du Pô comme de la montée du brouillard, qui parfois dissimule au regard pour mieux révéler à l’esprit.

Un site web est entièrement dédié à cet auteur méconnu en France : http://www.valeriovaresi.net/

È solo l’inizio, commissario Soneri (2010), le dernier volume du cycle, a remporté le PREMIO PER IL CENTENARIO DELLA NASCITA DI GIORGIO SCERBANENCO, ainsi que le PREMIO DEL FESTIVAL DEL GIALLO E DEL NOIR MEDITERRANEO.

Sarah Amrani

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