Le siècle migratoire des Italiens

L’exposition Ciao Italia ! au Musée national de l’Histoire de l’Immigration, à Paris (jusqu’au 10 septembre 2017), retrace le parcours d’Italiens et d’Italiennes partis pour la France. Entre 1860 et 1960, deux millions d’Italiens quittent leur pays natal. Cet événement prit le nom de « phénomène d’Ulysse collectif ».

vespa_expo A. Tommasi nous montre dans un de ses tableaux de 1896, La partenza degli emigranti italiani, que, aussi bien les Italiens résidant au Nord que ceux venant du Sud quittent le pays. En effet, nous pouvons observer des femmes avec les foulards noués derrière la tête, signe qu’elles viennent des régions du sud, mais également des femmes dont le foulard est noué sur le devant de la tête, signe qu’elles viennent du nord de l’Italie.

Ainsi notre parcours à travers l’exposition commence par la représentation de l’Unité italienne avec l’image de Garibaldi (1807-1882), figure fondamentale de l’Histoire du pays. En effet lorsqu’il fut au commandement des Camicie rosse, il conquit le Meridione. Ensuite nous nous retrouvons face à la problématique du racisme contre les Italiens. On les appelait alors les Macaroni ou encore les Ritals, deux termes péjoratifs stigmatisant la communauté. Il ne s’agit ici que de mots mais malheureusement ceux-ci furent également accompagnés de massacres d’Italiens comme celui d’Aigues-Mortes en 1893 : le 16 août 1893, un Italien est accusé d’avoir lavé son pantalon dans l’eau potable et c’est l’origine d’une querelle entre Français et Italiens qui va dégénérer. Les Italiens se munirent de pelles et de bâtons et blessèrent quatre Français, la nouvelle se répandit vite et fut transformée : les Français racontèrent que les Italiens avaient tué trois Français, s’ensuivit une véritable chasse à l’Italien. Quelques années auparavant une autre querelle contre les Italiens avait eu lieu et ce furent « Les vêpres marseillaises », en 1881.

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L’Italie connut un retard économique important par rapport à ses voisins européens. Cette pauvreté alimenta au delà des frontières une image de « l’Italien qui ne peut même pas nourrir ses enfants ». Mais que faisaient ces immigrés Italiens en France ? L’exposition nous raconte l’histoire de ces hommes immigrés en France travaillant comme ouvriers. Les Français, en effet, faisaient effectuer aux Italiens les travaux les plus dangereux et les plus pénibles. En Italie, fleurissent des affiches d’enrôlement de mineurs pour la France dès 1949.

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On découvre également la vie des peintres à Montparnasse ou encore d’artistes au cirque avec les Fratellini. Les femmes italiennes ont également marqué l’histoire en devenant modèles pour de grands artistes, comme Rodin par exemple. De nombreuses inventions, encore très célèbres aujourd’hui, sont également attribuées à des Italiens, comme la machine à écrire Olivetti ou bien les articles de danse classique de Repetto.

L’image péjorative de l’Italien ne s’atténue qu’avec le boom économique survenu entre 1950 et 1970. Le conflit de la seconde guerre mondiale avait fait beaucoup de tort à l’image de l’immigré italien, souvent détesté et assimilé au fascisme. Cependant, la Guerre Froide fait naître de nouvelles rancœurs et l’Italie retrouve un rôle d’allié. L’intégration des Italiens en Europe devient telle que leurs différences s’amoindrissent. Ainsi de la différence, l’Italien passe à la transparence.

Pour achever notre parcours, nous nous retrouvons face à une nouvelle Italie, non plus terre d’immigrés mais terre d’accueil. Depuis la fin des années 1970, le pays connaît un flux migratoire provenant de plusieurs continents d’où les gens fuient la guerre et la pauvreté. Cette exposition nous permet d’en apprendre davantage sur la figure de l’italien immigré, au delà des plus célèbres. Elle nous fait partager l’histoire de ceux qui ont été oubliés de l’Histoire et retrace les moments importants de leur vie, leurs jeux, leur religion, leurs métiers, leur famille et nous rapproche de ces hommes et de ces femmes qui ont su apporter un peu de leur Italie jusqu’en France.

 

Laura Orefice et Lisa Robinault

étudiantes (L3) au dépt. études italiennes et roumaines