FRONTiere, MARches (20) : in memoriam

Assunta Finiguerra (San Fele – Potenza, 1946/2009)

Une voix d’insurrection, reconnaissable entre toutes, et la capacité rare de « créer des liaisons audacieuses, inhabituelles » entre des mondes et des idées qui semblaient très loin les uns des autres, en des « comparaisons surprenantes et parfaites » (Milo De Angelis, 2006), dans une langue archaïque, pas très éloignée de celle réinventée par Albino Pierro (voir ici même, chronique n° 6). Encore donc, le Sud extrême, dont peut-être les résultats poétiques les plus authentiques sont davantage liés à la langue des réalités humaines et naturelles locales, longuement façonnées par l’histoire (flux et stase inséparablement), que dans des régions plus proches des centres du pouvoir (Rome, Milan, Florence…). – Question ouverte, comme le savent tous ceux qui se sont occupés de Littérature en refusant de la couper de ses racines anthropologiques et, au sens vaste, politiques profondes. Peu après sa mort, Carla Saracino lui rendait un hommage ému en ces termes : « Il lamento della Finiguerra è un canto guerriero e non può conoscere lo spreco. Lo sprecoè il feticcio negativo dell’autrice, il Maligno da abbattere; la dispersione è la passione da recidere. Assunta Finiguerra mira alla composizione di uno stato della sazietà » (site la poesia e lo spirito, mars 2010). Rien d’étonnant à ce que la présence du divin – plus souvent malmené, interpellé, nié qu’adoré ou encensé – soit perceptible dans presque tout son œuvre poétique passionné et transitif, indépendamment de précises manifestations religieuses. Quelques jalons dans sa production publiée : Puozze arrabbià, Bari 1999, Rescidde, Zona ed. 2001, Questo dolore che mangia, Voci della Luna (Poesia) 2009, Scurije, 2010 (LietoColle).

Quelques textes :

                                                                      

Veulent me voir morte, les gens                                                            

veulent que je respire plus

parce que ma respiration

dérange le soleil,

ce soleil que tous appellent père

et que personne n’a jamais vu.

Morte, sept pieds sous terre

comme ça je ne gêne plus

tous ceux que j’ai crus amis

et qui ont mis la main sous leur cœur

pour attraper les larmes

sans cesse encore répandues.

 

Mais moi je meurs pas

je suis de méchant fer

j’ai tout rouillés

le ventre, le sang, le cœur,

ce cœur assassiné

écrasé sous le maillet des jours,

réduit comme peau d’âne.

 

S’il est âne

c’est le destin qui l’a voulu,

dans la course avec la vie resté en arrière

et le soleil n’a pas vu ses larmes

elles sont arrivées en eau bénite

dans leur ciel qui ne croit pas aux idiots.

 

Il pleure, oh s’il pleure, l’âne !

même quand il y a des marguerites

qui fleurissent dans le mois de Marie,

le mois des roses,

mais toujours des fleurs d’âne…

 

aussi personne ne sait sa douleur

quand il rêve de la mort

et la voit belle comme une étoile,

comme une comète,

mais la peur l’abat

et si seulement il faisait vite jour, dit-il,

pour respirer encore et déranger le soleil !

 

                                            [1996, Puozze arrabbià, Bari, La Vallisa, 1999]

 

 

I fuoche de novembre só appecciate  .              cu na viulenze ca me mbaurissce   

resorge palummelle e mmóre cane

nda na vijanove ca nun téne anzute

Oje mamma mije e vita benedette

appene tocche fierre nassce viende

m’accerchje cume fosse delinguende

me daje a bbeve miére fatte acite

Me só stangate de èsse n’impotende

si mette r’asscedde fazze mala fine

nun póte vuluà chi nun pusséde abbuole

chi scarpe de cemende porte e piede

nghiuvuate nderre reste ósce e ssembe

ósce e ssembe spere ca Dije nge sije

 

 

 

 

Les feux de novembre sont allumés       .   avec une violence qui me fait peur

je renais tourterelle et meurs chien

dans une ruelle qui n’a pas d’issue.

Ô ma mère, ma vie bénie,

dès que je touche du bois se lève un vent

qui m’entoure comme si j’étais coupable,

me donne à boire un vin tourné acide.

Je suis fatiguée d’être sans pouvoir,

s’il me pousse des ailes je finirai mal,

il ne peut voler celui qui n’a le vol,

qui porte aux pieds des souliers de ciment

restera pour toujours cloué à terre,

espérant chaque jour que Dieu existe.

 

                 . “Questo dolore che mangia”,

.           ………… Le Voci della Luna, 2009

 

 

 

finiguerra 

 

 

Je peux pas dire le nom de qui j’aime

vie ou mort c’est la même chose

sang de Dieu ou jardin de roses

ou ciguë qui empoisonne le plat.

Tu veux trop en savoir, que te dire ?

Il m’aime quand on est au lit,

et puis il me voit à nouveau comme la chouette

qui dort dans une bulle de savon.

Je peux encore me sentir femme

si en chandelle sur l’autel je me consume

et si, orgueil vaincu par la fumée,

agite pieds et mains la marionnette ?

 

                                                                                                    (tr. JcV)

 

 

 

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FRONTiere, MARches (19)

Un poète méconnu, dans une langue marginale ?

____________________________________________

Bien qu’il n’ait utilisé aucun « dialecte » ni langue minorée, Lorenzo Calogero a été à tous égards un écrivain di frontiera, encore mal diffusé dans son propre pays, en dépit même de quelques tentatives récentes de prétendue internationalisation de sa voix singulière. Quelques excellents travaux ont commencé à être publiés, dont la monographie de Caterina Verbaro I margini del sogno – La poesia di Lorenzo Calogero, Pisa, ETS, 2011. Nous avons, au sein du CIRCE, essayé de collaborer avec le site florentin de Villanuccia, et publié dans notre propre blog [Une autre poésie italienne] quelques beaux textes poétiques. Un certain nombre, parmi nous, ont également contribué à faire connaître ce poète profondément plurilingue. Ce n’est pas suffisant bien sûr, et cette petite contribution ne veut être qu’une pierre de plus, apportée en hommage à l’une des expressions les plus originales du milieu du XX° siècle italien, lequel a été lui-même tellement fécond et varié en poésie. Voici donc un texte assez « classique » dans l’itinéraire de Lorenzo Calogero, et sa tentative de traduction dans une langue assez réticente, en revanche, aux phénomènes di frontiera, comme l’on sait…

.   PERPENDICOLARMENTE A VUOTO

Perpendicolarmente a vuoto

tracce erano, limiti, e da questa parte

il vento, in prati ove non si odono

cose di cui non mi ricordo;

e sai quanto noioso un ramo

era e mi guida e dall’aria

mi divide che non amo. Più non riconosco

una larvata presenza di essere,

un’usanza di crescere e non basta:

se mi soffermo un poco un soffio

era già troppo e il resto. Sinuoso

e sveglio un vano respiro d’albero

corrompe me pure in una dolcezza varia.

Una levigatezza che apparve nello spazio

soffre il vuoto, il disordine, il discendere

dell’età morente. Un alito ricrebbe nella guazza.

.

I sottintesi richiami un respiro d’aria,

una solitudine già odono.

.

Nella nebbia, per quanto so

ora, come in questa, è partita

la tua presenza dalla grazia

come la sofferenza dalla veglia

del suo volo.

 

Perpendiculairement à vide

Perpendiculairement à vide

c’étaient traces, bornes, et de ce côté

le vent, en des prés où l’on n’entend aucune

chose dont je ne me souvienne ;

et tu sais combien gênait une branche

qui me guide et me sépare

de l’air, que je n’aime pas. Je ne reconnais plus

une présence larvée d’être,

une coutume de croître et cela ne suffit pas :

si je m’interromps un peu un souffle

était déjà de trop et le reste. Sinueuse

et éveillée une vaine respiration d’arbre

me corrompt moi aussi en une douceur diverse.

Une polissure qui apparaît dans l’espace

souffre du vide, du désordre, de la descente

de l’âge mourant. Une haleine à nouveau enfla dans la rosée.

.

Les rappels suggérés entendent déjà

une respiration d’air, une solitude.

.

Dans la brume, pour autant que je sache

à présent, comme en celle-ci, est départie

ta présence de la grâce

comme l’est la souffrance de la veille

de son vol.

 (JcV)

.

Corsi d’italiano a Camerino (Marche)

La Scuola Dante Alighieri di Camerino propone corsi di lingua italiana per stranieri. Informazioni disponibili sul sitoweb della scuola.

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   Grazie ad una borsa di studio, ho potuto passare il mese di agosto a Camerino, nelle Marche. Un soggiorno meraviglioso che posso considerare come uno dei più bei momenti nella mia vita. Si può dire sinceramente che la Scuola Dante Alighieri di Camerino sa creare per i suoi studenti un vero e proprio ambiente italiano, non solo durante le lezioni, ma anche fuori dai muri della scuola. Tutto lo staff cerca di creare un ambiente amichevole, anzi familiare, eliminando tutte le barriere tipiche che esistono normalmente in una relazione tra un insegnante e uno studente. Ad esempio, all’inizio era difficile per me abituarmi a dare del tu a un professore, pero poi quel problema scompare velocemente.

Oltre alle lezioni d’italiano tipiche, arricchite da molte attività stimolanti la nostra creatività, e alle lezioni di cultura (musica, Divina commedia, emigrazione, letteratura contemporanea), la scuola organizza le gite alle città più vicine, come Gubbio, Assisi, Tolentino, Civitanova Marche (al mare), e a quelle più lontane e più conosciute, tra cui Roma, Firenze, Bologna, dove i nostri insegnanti diventano le guide. Sono previste anche altre gite (Venezia, Siena, Pisa, San Marino), ma si devono pagare.

In più, a Camerino stesso e nei dintorni hanno luogo diversi avvenimenti culturali (teatro, cinema all’aria aperta, opera, degustazione di vini e prodotti regionali), a cui la scuola ci invita cordialmente, essendo spesso uno degli organizzatori, per conoscere meglio la cultura dell’Italia. Benché si abbia molto tempo libero, c’è sempre qualcosa da fare per passare il tempo con gli altri, invece di annoiarsi.

UnknownCamerino stesso è un luogo affascinante. Gli abitanti si sono abituati alla presenza di ospiti da tutto il mondo e molto spesso cominciano a parlare come se ci conoscessimo da sempre, per chiederci come va, cosa succede nei nostri paesi, qual è la nostra opinione sull’Italia, ecc. Purtroppo, durante le vacanze Camerino diventa una sorta di deserto, tenendo presente che la maggior parte dei suoi abitanti sono gli studenti. Comunque, bisogna ricordare che ci sono sempre più di 150 studenti della Dante!

Per concludere, direi che, nonostante il fatto che imparare l’italiano e immergersi nella cultura italiana sia l’elemento fondamentale di questo soggiorno, per me la parte più importante è stata la dimensione internazionale. Camerino non è soltanto un incontro con la cultura italiana. È un incontro con le culture di 5 diversi continenti, perché Camerino diventa una capitale della diversità culturale nel cuore della penisola appenninica. Tutti quegli studenti di diversa provenienza hanno una passione per l’italiano – una lingua che è diventata uno strumento di comunicazione internazionale, che ci permette di creare delle amicizie che, spero, dureranno a lungo e grazie alle quali ritornerò spesso in Italia.

Adrian Trusinski

Licence 2e année, études italiennes

Université Sorbonne Nouvelle Paris 3

FRONTiere, MARches (18)

En attendant le mois de mai…

 

– Disputes, débats, tensons… et “genre”

Aux frontières de la langue de son époque, à la fois par le thème abordé (un amour que Dante, peut-être, aurait pu dire ensuite « hermaphrodite »*), la langue choisie – un curieux mélange de stylèmes recherchés et d’expressions triviales, proche des habitudes des poètes de la Magna Curia sicilienne parmi lesquels le place encore Spitzmuller – et surtout la forme métrique absolument originale, que l’on a sans doute un peu vite rapprochée du vieil alexandrin français (j’aurais là-dessus une tout autre hypothèse**), cette dispute ou contraste de Cielo ou Celi d’Alcamo avait sa place dans cette série, bien qu’elle n’ait pas vraiment l’allure d’un texte minoré (ni même dialectal). La décélération en descente ou en glissade, à l’hémistiche, permet de seconder la gestuelle verbale et la forte théâtralité de la composition, qui n’allait pas échapper à un jongleur tel que Dario Fo. Comme d’habitude, c’est d’abord par la forme – moins convenue dans les vers doubles (certes proches quand même du vénérable trimètre évoqué ci-dessus), davantage rassurante dans les décasyllabes terminaux – que la traduction essaie de rendre compte matériellement de cette singularité. Une invention assez réussie de Cielo, en tout cas, pour avoir trouvé des imitateurs dès le siècle suivant, et puis devenir relativement populaire ou du moins commune, sous la variante dite martelliana (S. Cammarano : Invan tentò la misera  –  fermarsi e benedirmi), celle-là, oui, d’inspiration française.

Cielo d’Alcamo

 

Contraste

« Rosa fresca aulentis[s]ima… »

– Rose fraîche odorante qu’     on voit quand vient l’été,                        1

les dames te désirent       pucelles et mariées :

ôte-moi de ces flammes s’      il plaît à ta bonté ;

pour toi je n’ai déduit, la nuit, le jour,

toujours pensant encore à vous, Ma Dame.                                            5

.

– Si de moi te tourmentes-t’      folie te le fait faire.

Tu pourrais la mer rompre,      semer dedans les airs,

les avoirs de ce siècle [en]      entier les amasser :

tu ne pourrais avoir moi en ce monde ;

plutôt le chef avant me ferai tondre.                                                      10

[…]

[Texte de l’éd. Contini, Poeti del Duecento, Milano-Napoli, Ricciardi, 1960 (t. I) ;
des lecteurs plus récents voient le second hémistiche du v. 7 comme
“avanti asemenare” (avant de semer, avec un double sens obscène).]

– – – – – – – – – – – – – – – –

Note : Sur le très discuté vers 2, voir par ex. Bonagiunta Orbicciani da Lucca, Ballata III : “Maritate e pulselle / di voi son ’namorate / pur guardandovi mente: / gigli e rose novelle, / vostro viso aportate / sì smirato e lucente!” (éd. A. Menichetti, Galluzzo 2012), à savoir : Marïées et pucelles / de vous sont amoureuses / rien qu’à vous regarder : / lis et roses nouvelles, / tel est votre visage / si brillant éclairé ! Et comparer : G. R. Ricci, L’interpretazione rimossa – I primi due versi del Contrasto di Cielo d’Alcamo, Firenze, Quaderni di Gazebo, 1999. Ici, “rosa” est bien sûr métaphore globale, mais aussi avec synecdoque (du sexe féminin), et métonymie un peu plus originale (associée à l’acte sexuel – conçu comme fonctionnel) : union d’images complexes reliées, ainsi que le dira plus tard Rabelais à propos de la mentula masculine, par naturelle « colliguance » (Quart Livre, Prologue : « ô belle mentule, voire diz ie, memoire. Ie solœcise souvent en la symbolization & colliguance de ces deux motz »). Le “genre”, une fois encore, semble compter assez peu.  

Plus explicite, Rambaud de Vaqueiras (une des sources probables de Cielo), après avoir vanté la beauté « Fresca com rosa en mai » de la Génoise, prie celle-ci « Qe voillaz q’eu vos essai, / Si cum provenzals o fai,     qant es poiaz », autrement dit qu’elle veuille bien constater comment est fait un Provençal quand il est puissant.

Pour ce qui est de la forme, sans aucun doute originale, on lui comparera cette plus modeste ciciliana (peut-être dérivée) connue comme « Lévati dalla (mia) porta » depuis sa publication au XIXe siècle par Carducci (Cantilene e ballate). La traduction suit les mêmes principes que ceux exposés plus haut :

Dame

            Ôte-toi de ma porte…

                                                       (etc.)

Amant

            Madame, ces paroles

                                               par dieu ne me les dis.

            Tu sais que chez toi vins-je

                                                         non pour être parti.

            Lève-toi, belle, et ouvre-m

                                                        à me laisser venir ;

            ensuite ordonneras.

 

Dame

            Si tu me donnais Tràpane,

                                                       Palerme avec Messine,

            ma porte ne t’ouvré-je

                                                 si me faisais reïne.

            Si mon mari entend-ce

                                                  ou cette mal-voisine,

            morte détruite m’as.

                                                                              (etc.)

 

 [tr. JcV]

 


* Je me permets de renvoyer à ma lecture du chant xxvi du Purgatoire, dans la Postface à La Comédie – Poème sacré (prés. et trad. J.-Ch. Vegliante, bilingue), Paris, Gallimard ‘poésie’, 2012, p. 1219-22.

** Voir à présent : Quasimodo (et Cielo d’Alcamo), hypothèse andalouse. (nov. 2013).

..

Performance reading par Pierpaolo Capovilla e Xabier Iriondo – dim 28/7/13

« VOGLIAMO CHE LA PAROLA ESPLODA NEL DISCORSO COME UNA MINA E URLI COME IL DOLORE DI UNA FERITA E SGHIGNAZZI COME UN URRÀ DI VITTORIA ».
***
« NOUS VOULONS QUE LE MOT EXPLOSE DANS LE DISCOURS COMME UNE MINE ET HURLE COMME LA DOULEUR D’UNE BLESSURE ET RIT COMME UN CRI DE VICTOIRE. »

– VLADIMIR MAJAKOVSKIJ

MajakovskijPIERPAOLO CAPOVILLA (Il Teatro degli Orrori)
XABIER IRIONDO (Afterhours)
dans
MAJAKOVSKIJ

RIVOLUZIONE: CRONACA POETICA
IL FLAUTO DI VERTEBRE

Textes de Vladimir Majakovskij, lus par PIERPAOLO CAPOVILLA. Musique (Mahai Metak, Metak Weevil, Taisho Koto) par XABIER IRIONDO

59 RIVOLI
Performance reading par Pierpaolo Capovilla e Xabier Iriondo
Domenica 28 luglio 2013
18.30
59 Rue de Rivoli

Pierpaolo Capovilla, musicien et auteur de la scène indépendante italienne. Chanteur, bassiste d’un groupe florissant des années 90, « One Dimensional Man », il réalise une longue série de concerts en Italie et en Europe et enregistre cinq albums (parmi lesquels « You Kill Me » et « A Better Man ») qui laisseront une trace dans l’histoire du rock italien. En 2005, il fonde le groupe « Il Teatro degli Orrori », l’un des groupes les plus connus et appréciés par la critique et le public pour leur engagement social et leur son concret et moderne.
Son amour pour le lyrisme russe le mène à un travail sur Majakovskij à travers une longue tournée de reading dans les théâtres, les centri sociali et comme théâtre de rue. Il interprète les célèbres textes, parmi lesquels « Rivoluzione – Cronaca Poetica » et « Il Flauto di Vertebre ».
Dans l’oeuvre de Capovilla, on remarque sa dévotion pour la tradition du rock plus sanguin, d’empreinte américaine, l’affection pour la poésie et la dramaturgie russes, mais aussi une passion civile et un fort attachement aux valeurs démocratiques, toujours plus débattus dans ses concerts et ses rencontres.

Xabier Iriondo est le deus ex-machina de certains des projets musicaux les plus aventureux qui ont été conçus au cours des 20 dernières années en Italie, il est guitariste de Afterhours et manipulateur sonore de projets comme Tasaday, A Short Apnea et Uncode Duello.
Depuis 2001, il a exploré les possibilités offertes par des instruments faits maison la création d’un méta-langage kaléidoscopique de sons et de nuances qui touche à la fois le silence, parfois, le bruit, où l’acte créateur est originaire de la construction savante de l’instrument et continue dans la gestion de son chaud possibilité.
Une sorte de «plan de travail» sur lequel le musicien crée ses expériences et nous fait partager le charme de gestes tels que les rituels, libère le son et les objets, même les plus quotidiens, des références sans fin et des tons, visuelles et sonores suggestions.
Il a joué en direct en Europe, aux Etats-Unis, Israël et au Japon.

!! La Repubblica XL, nell’ambito di un documentario su Rivoli 59, seguirà l’evento del Reading « MAJAKOVSKIJ » di PIERPAOLO CAPOVILLA (Il Teatro degli Orrori) e XABIER IRIONDO (Afterhours) in esclusiva postando contenuti e video sulla pagina Facebook e sul sito ufficiale.
***
Le journal La Repubblica XL, dans le cadre d’un documentaire sur le 59 Rivoli, suivra l’événement en direct et en exclusivité, vous trouverez les vidéos sur leur page Facebook et leur site officiel : http://xl.repubblica.it/

Durée : environ 40min.

FRONTiere, MARches (17)

Elegia giudeo-italiana (XII sec.)

La Elegia del XII secolo è il più antico testo in dialetto giudeoitaliano, il cosiddetto ‘latino’, oggi noto come italkian, ma ormai per lo più estinto. Elegia composta sul motivo (e la forma) di Tissather le-allem, anche per il metro, abnorme da ogni uso italiano. La lingua – ma soprattutto l’uso di alcuni stilemi caratteristici – sarebbe quella delle Marche meridionali (Cassuto).

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La ienti de Sïòn plange e lutta;

dice: «Taupina, male so’ condutta

em manu de lo nemicu ke m’ao strutta ».

 

La notti e la die sta plorando,

li soi grandezi remembrando,

e mo pe lo mundu vao gattivandu.

 

Sopre onni ienti foi ‘nalzata

e d’onni emperio adornata,

da Deo santo k’era amata.

 

E li signori da onni canto

gìanu ad offeriri a lo templo santo,

de lo grandi onori k’avea tanto.

 

Li figlie de Israel erano adornati

de sicerdoti e liviti avantati,

e d’onni ienti foro ‘mmedïati.

 

Li nostri patri male pinzaru,

ke contra Deo revillaru:

lu beni ke li fici no remembraro.

 

Pi quisto Deu li foi adirato,

e d’emperiu loro foi caczato,

ka lo Soo nome àbbero scordatu.

 

 

 

Tanto era dura loro signoria,

la notte prega ·dDio ke forsi dia,

la dia la notti, tanto scuria.

 

Ki bole aodire gran crudeletate

ke addevenni de sore e frate,

ki ‘n quilla ora foro gattivati?

 

Ne la prisa foro devisati:

ki abbe la soro e·cki lo frate;

e ‘n gattivanza foro menati.

 

 

 

En quillo planto s’àbbero aoduti,

e l’uno e l’altro conosciuti:

«Soro e frati, ovi simo venuti?».

 

E l’uno e l’altro se abbraczaro,

e con grandi planto lamentaro,

fi’ ke moriro e pasmaro.

 

Quista crudeli ki aodisse,

ki grandi cordoglio no li prindisse

e grande lamento no ne facisse.

 

 

lo santo Too nome bendicenti.

Le peuple de Sion pleure et a deuil ;

il dit : « Malheureux, me voilà livré

aux mains de l’ennemi qui m’a détruit. »

 

La nuit et le jour il reste à pleurer,

en se remémorant sa grandeur,

alors qu’il vit esclave par le monde.

 

J’ai été élevé sur tous les peuples

et orné de toute la puissance,

car de Dieu très-saint j’étais aimé.   

 

Et de toutes parts les bons seigneurs

venaient faire offrande au très-saint temple,

car il était tenu en grand honneur.

 

Les enfants d’Israêl étaient choyés,

par prêtres et lévites fort loués,

et parmi tous les peuples enviés.

 

Nos pères malignement pensèrent

quand contre Dieu ils se révoltèrent;

le bien qu’Il avait fait ils l’oublièrent.

 

Pour ce Dieu fut contre eux courroucé

et de leur empire ils furent chassés,

car Son nom ils avaient oublié.

 

                         […]

 

Leur soumission était tellement dure

que la nuit ils priaient Dieu qu’il fît jour,

et le jour la nuit, tant il était sombre.

 

Qui veut entendre quelle cruauté

arriva à une soeur et son frère,

qui en ce temps furent capturés ?

 

Mis en prison ils furent séparés :

tel eut la soeur et tel autre le frère,

et on les mena en captivité.

 

                   […]

 

Ils finirent par s’entendre, à leurs pleurs,

et par se reconnaître l’une l’autre:

« Sœur et frère, où en sommes venus ? »

 

Et l’un et l’autre, ils s’embrassèrent,

et par de grands pleurs se lamentèrent,

jusqu’à en mourir pâmés par terre.

 

Personne, entendant cette cruauté,

qui ne serait pris de grand tourment

et pousserait grandes lamentations.

 

                      […]

 

Ton très-saint nom toujours bénissant.

 

 Poeti del Duecento, a cura di Gianfranco Contini, Mil.-Napoli, R. Ricciardi ed. 1960.

(Trad. JcV)

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Les migrations racontées aux enfants…

La robe rouge de Nonna

Il n’y a pas d’âge pour plonger et (re)plonger dans ces albums qui, en quelques pages seulement, sont capables de nous faire voyager dans des interstices imaginaires pleins de possibles, et en même temps si denses de réalité.

Je parle bien sûr des albums jeunesse, jusqu’à il y a peu cantonnés aux étagères des crèches-garderies, et qui suscitent de plus en plus l’intérêt de nos spécialistes ès littérature. Car ils sont un outil merveilleux d’éducation, d’éveil et de sensibilisation, qui permet de véhiculer mille et une idées dans un format pourtant accessible à tous.

La robe rouge de Nonna, paru en janvier dernier chez Albin Michel Jeunesse, ne manque pas à cette double mission : il marque d’une part une approche inédite de l’histoire de l’immigration italienne en France, phénomène marquant qui intéresse depuis longtemps historiens et sociologues, qu’il aborde avec sérieux et pédagogie ; mais surtout, il nous la présente sous un jour nouveau, à travers le regard d’une petite fille fourmillant de questions et la riche palette, explosant de couleurs, d’une fresque engagée.

Nonna, pourquoi..

« Nonna, pourquoi tu ne chantes qu’en italien ? » Et Nonna de raconter à sa petite-fille curieuse son histoire, son enfance à l’époque des chemises noires, les humiliations et les brimades, et enfin, le départ… Réalités à peine simplifiées, évoquées avec des ellipses pudiques mais suggestives, soulignées par les illustrations de Justine Brax, qui en quelques traits seulement réussit à exprimer la joie, la douleur, la peur, la honte, la tristesse d’une histoire qui pourrait être celle de tant de nos ancêtres.

C’est en tous cas d’une histoire vraie, celle de la grand-mère d’Isabelle Chatelard, que Michel Piquemal s’est inspiré pour écrire cette histoire pour enfants qui s’inscrit cette fois non pas dans le temps suspendu des contes de fées, mais dans celui, sismique, de l’Histoire des totalitarismes et de l’émigration : la robe rouge de Nonna, chargée de symboles, sera cependant, comme pour Peau d’Âne et Cendrillon, le point de départ d’un renouveau.

On ne peut que vivement recommander, pour ses vertus didactiques et ses dessins magnifiques, la lecture de ce livre qui ravira petits et grands, et touchera profondément toutes celles et ceux dont l’enfance a été bercée par les chants et la tendresse d’une Nonna…

Mélanie Fusaro

[La robe rouge de Nonna, de Michel Piquemal, illustrations de Justine Brax, Albin Michel Jeunesse, Janvier 2013, 38 pages, 13,50 euros]

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Note : rappelons le « classique » du genre, le film MIMA de Philomène Esposito [1990], avec Virginie Ledoyen, pour lequel nous renvoyons à :  http://cedei.univ-paris1.fr/latrace5.htm et à notre « Gli italiani all’estero », tome IV, Ailleurs, d’ailleurs… (CIRCE, 1996). Dans ce film, à bien des égards précurseur, la petite Mima posait des questions plutôt à son nonno, mais la substance – et l’intérêt pour nous aujourd’hui – était comparable.