FRONTiere, MARches (14)

Le relais des papes

Sans besoin de longs commentaires, cherchez le lien avec  la plus immédiate actualité. Giuseppe Gioachino Belli, romain, l’un des plus grands poètes du XIXème siècle – et l’un des seuls à avoir rendu compte de la vie des futurs Italiens, tout remués déjà par les aspirations à davantage de liberté et de démocratie qui aboutiront au violent Quarantotto (y compris dans l’État pontifical) – fut un observateur amer de la société d’un pays en décadence et fin connaisseur de la langue raffinée de sa chère “plebe di Roma”. Il nous a laissé un veritable “monument” élevé à la gloire de cette culture populaire, sans commisération ni paternalisme : un cas più unico che raro, ainsi que Gramsci le constatera du fond de sa prison, comme l’ensemble de la littérature minorée qui nous occupe dans cette chronique. Une nouvelle édition des Sonnets est attendue chez Mondadori (I Meridiani), procurée par Lucio Felici ; comme l’avait compris Zanzotto, Leopardi (dont Felici est un spécialiste reconnu) n’est pas si loin de Belli, d’une certaine façon lucide et désenchantée…

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1698. Er passa-mano

Er Papa, er Visceddio, Nostro Siggnore,
è un Padre eterno com’er Padr’Eterno.
Ciovè nun more, o, ppe ddí mmejjo, more,
ma mmore solamente in ne l’isterno.

Ché cquanno er corpo suo lassa er governo,
l’anima, ferma in ne l’antico onore,
nun va nné in paradiso né a l’inferno,
passa subbito in corpo ar zuccessore.

Accusí ppò vvariasse un po’ er cervello,
lo stòmmico, l’orecchie, er naso, er pelo;
ma er Papa, in quant’a Ppapa, è ssempre quello.

E ppe cquesto oggni corpo distinato
a cquella indiggnità, ccasca dar celo
senz’anima, e nun porta antro ch’er fiato.

 4 ottobre 1835

                        La r’passe

Le Pape, ce Sous-Dieu, notre Seigneur,
est un Père éterne, comm’ le Père-Éterne.
Donc il meurt pas, ou pour mieux dire : il meurt,                                                         mais meurt seul’ment dans sa partie externe.

Car lorsque son corps cess’ de gouverner,
l’âm’, restant ferme en son ancien honneur,
n’va ni au paradis, ni en enfer,
mais passe aussitôt d’dans son successeur.

Si bien qu’ont beau changer un peu : cervelle,
estomac et oreilles, et poils, et nez,
le Pape est toujours l’même en tant que tel.

Pour cett’ raison, chaque corps destiné
à une telle encharge, tombe du ciel
sans âme, par son seul souffle animé.

                                                      (4 octobre 1835)

 (JcV)

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