Atmosphères et paysages vénitiens : Lorenzo Mattotti

Foin de la Venise touristique ! Laissez-vous séduire par l’atmosphère onirique d’une Venise secrète ! L’exposition  Lorenzo Mattotti : Venise en creusant dans l’eau proposée par la galerie Martel (www.galeriemartel.com) se prête à une redécouverte insoupçonnée.

Dans mon quartier onusien du fauborg Saint-Denis (Paris Xe ardt), les atmosphères multicolores du monde subsument une certaine Italie : les saveurs du restaurant « La Scala » (boulevard Bonne Nouvelle), les produits du traiteur Cisternino (rue du Faubourg Poissonnières) et enfin les arts (dessins, illustrations de BD, eaux-fortes, pastels) de la galerie Martel dans la rue du même nom (métro Château d’eau).

Fondée par la femme de Lorenzo Mattotti il y a  quatre ans, cette galerie est spécialisée dans les expositions de dessins et pastels souvent liés à la création internationale de BD dans son acception contemporaine de Graphic Novel. Elle promeut des artistes illustrateurs, des photographes, des dessinateurs venant d’horizons divers : italiens, américains, latino-américains et français. L’espace agréable et régulier favorise le dialogue entre les arts : pour l’exposition de dessins vénitiens de Lorenzo Mattotti (Brescia, 1954), une biographie raisonnée, un documentaire télévisé d’une vingtaine de minutes et les pièces de l’expo coexistent avec de nombreux catalogues, BD mis à la disposition du visiteur sur la table de la galerie.

Quelle Venise Mattotti nous propose-t-il ? Quels sentiments ressentons-nous en nous déplaçant d’un dessin à l’autre ? Nous n’y trouverons guère la Venise touristique des lieux  devenus insignifiants par la récurrence polissante des regards, mais des « scorci », des coins anonymes de la ville reculée dont on capte le temps vécu, saisi dans une immobilité déserte sculptée à son tour sur les palais et les églises dans l’éternité des ombres et des lumières en l’absence de présences humaines (http://www.galeriemartel.com/l_mattotti_ven/l_mattotti_ven_o/l_mattotti_ven_o.html ). La tension onirique et un certain surréalisme caractérisent ces planches aux couleurs chaudes : rouge, ocre, vert-bleu, bleu-violet. Le chromatisme méditerranéen  est au service  de l’intériorisation de l’espace par le spectateur invité à revivre le mystère de la Mort à Venise.

C’est ce que Lorenzo Mattotti, arrivé en France en 1998, car son travail d’illustrateur et créateur de BD y était mieux apprécié qu’en Italie, réalise dans ses nombreux albums de BD peintes (Un soleil lunatique, Monsieur Spartaco, Stigmate, Riding the tiger, The Raven, Docteur Jekyll & Mister Hyde). Publiées pour la plupart chez Casterman, elles présentent un fil rouge structurant : en collaborant avec des scénaristes réputés (Jerry Kramsky, peudonyme de Fabrizio Ostani, Jean-Luc Ruault, Claudio Piersanti, Gabriella Giandelli, etc.), Mattotti a voulu redonner un sens au silence, contrant l’abondance pléthorique de paroles dans les BD des dernières décennies.

Dans les siennes, les tableaux – car il s’agit de véritables œuvres plastiques – interagissent avec la structure traditionnelle des planches de BD en les chargeant d’une profondeur inquiétante. Deux ou trois planches occupent la page pourtant traditionnelle de Casterman, des formats énormes (verticaux ou horizontaux) redonnent ses lettres de noblesses à une peinture narrativisée. Des pages n’ayant que des images sans bulles ni paroles enchantent le spectateur-lecteur par la force de leurs silences. Des scènes dont la suspension onirique révèle des états d’âme, des symboles. La dimension spirituelle constitue le sens à  déceler.

Il s’agit de véritables chefs-d’œuvre de légèreté et de graphisme élégant aux teintes délicates (auquel contribue aussi le lettrage choisi): les illustrations stylisées sont souvent réalisées au crayon-couleur sec, dont on sent la texture sur le papier brut, non lisse : on perçoit les creux et les pleins de la pâte et on retrouve alors le tracé de l’artiste. Aucune action donc, mais de longs silences. Le dépassement de la BD traditionnelle a été le pari de Mattotti : il a voulu expérimenter la traduction plastique de sensations non visuelles : le mystère des sons, la force du feu, le bruissement du vent. Tout devient matière, chromatisme. Les coups de peinture font vivre et ressentir ces sensations. Les personnages à la silhouette vaguement japonisante semblent se chercher dans une tension érotique avec le paysage.

La galerie acceptant les visites guidées, Alexandra Gompertz (qui a réalisé le service photographique pour cette présentation) et moi-même serions disponibles pour un tour avec les étudiants intéressés.  Bonne visite alors !

Maria Pia De Paulis-Dalembert

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2 réflexions au sujet de « Atmosphères et paysages vénitiens : Lorenzo Mattotti »

  1. Hi, Jean-Luc Ruault is a letterer, not a writer and I don’t think Lorenzo Mattotti ever did a book called « Riding the Tiger ».

  2. Bonjour ! 😊 Je me demandais quelle était la bande dessinée dont vous avez mis une photo (l’avant dernière de l’article), avec ces si belles couleurs et deux femmes… Je la cherche… Il semble faire des choses magnifiques, ce Lorenzo !

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