Dramatique Diptyque : Cuori infranti, de Rosetta Loy

C’est un tout petit livre. Format mouchoir de poche. Mais quelle violence contenue dans ces quelques 60 pages ! La couleur de la couverture aurait dû nous avertir : d’un rouge sanglant, percutant, giclant à l’œil du lecteur qui hésite à se nourrir, cannibale intimidé, de ces “Cœurs brisés”.

 

En guise de préface, l’auteure nous renvoie à ces éternels contes de Grimm, où les sorcières mangent les enfants tout cru et servent leurs restes, os, et carcasses, dans des bouillons juteux qui trompent la gourmandise des chalands ; où l’inceste se mêle au meurtre, et les marâtres s’associent aux bûcherons, pour décapiter sans foi ni loi les bâtards du roi ; où la morale finale ne prend pas toujours la défense du plus faible contre la méchanceté du plus fourbe.

En deux brefs récits, Rosetta Loy rapporte deux faits divers qui ont marqué l’Italie en 2001 et 2005 : l’apparente et légère ingénuité d’un conteur de nouvelles cèle en vérité l’efficacité tranchante d’un portrait acerbe de la société dénuée de ses faux-semblants. Peurs, conflits, dérives : quand le quotidien aseptisé d’une petite vi(ll)e tranquille vire soudain au cauchemar, la chasse aux sorcières est toujours lancée contre les mêmes boucs émissaires – les Noirs, les Arabes, les Étrangers, les Autres, les Différents…

 Mélani Fusaro

 

Rosetta Loy, Cuori infranti, Roma, Nottetempo, 2010, 64 p.

En français : Cœurs brisés (traduit de l’italien par Françoise Brun), Paris, Le Mercure de France, 2010, 80 p.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s