Cueillez dès aujourd’hui, la rose d’Italie

En 1987, dans son Apostille au Nom de la rose, Eco racontait avoir résisté aux pressions exercées par sa maison d’édition, laquelle lui demandait de raccourcir le début -« trop fatigant »- de son œuvre. Umberto Eco avait refusé. C’était il y a plus de trente ans…

Dans dix jours, une nouvelle édition du Nom de la rose se trouvera sur les étagères de nos librairies. Une édition réduite. Une édition dont le but affiché est de « Rafraîchir l’œuvre et se rapprocher des nouvelles technologies et générations ». Est-ce à dire que l’on ne peut à la fois surfer sur la toile et apprécier l’intérêt intellectuel de discussions théologiques ? Être de son temps et vouloir comprendre le passé ? N’est-ce pas la faire preuve d’un mépris terrible pour la jeune génération, à qui l’on offrirait avec condescendance un ersatz de littérature et de réflexion ? A moins que l’auteur ayant déjà vendu plus de 30 millions d’exemplaires de son œuvre n’ait cédé aux sirènes commerciales…et pécuniaires ?

Certes, il est difficile de juger sans avoir lu. Peut-être, et c’est ce qu’il faut souhaiter, que cette initiative permettra au plus grand nombre la découverte d’un chef d’œuvre. La question demeure : s’agira-t-il toujours d’un chef d’œuvre ?

Que l’on considère cette nouvelle version comme le signe d’une ouverture intellectuelle ou que l’on y voit un mépris terrifiant, il est fascinant de voir à quel point les réactions française et italienne ont divergé. Polémique outrée d’un côté, indifférence totale de l’autre.

Rappelons que, en référence à Louis Ferdinand Céline, l’Express titrait un article consacré à ce sujet « Le nom de la rose mis à la portée des caniches », tandis que sur le blog du Monde, Assouline parlait d’une version du roman « pour les nuls ». Le quotidien en ligne Lettera43 s’est moqué de cette tendance toute française à la protestation, parlant d’une « classica disputa tra galletti ». Car si « le rire est le propre de l’homme », il semblerait bien que l’indignation soit le propre des Français.

Alors, beaucoup de bruit pour rien ?

La meilleure réponse semble encore être la plus évidente : refuser de jouer les écrevisses (à reculons, à reculons…), plonger dans la version intégrale de ce roman captivant, tourner avec fébrilité les pages de l’intrigue policière, se passionner pour les réflexions sur la place du rire dans le christianisme. Se prouver que les « galletti » de la « génération internet » comprennent et embrassent le plaisir de l’intellect.

Alexandra Gompertz

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