FRONTiere, MARCHes… (2)

Cantà ’ncopp’o tammurro

   Cette manière de chant sur des strophes proches de la villanella, accompagnées ou plutôt superposées à un roulement continu de tambour – la tammurriata – ou d’un tambourin, suit le plus souvent des échelles musicales originaires d’Afrique du nord, qui rappellent des danses antiques, en particulier celles pour la déesse phénicienne Astarté (des représentations explicites se trouvent en Sardaigne). Aujourd’hui, celle-ci a été remplacée par la madone (en particulier, lors des pèlerinages à Montevergine), et le tambour ou la tammorra accompagnés d’autres instruments (accordéon, flûtes) font danser des groupes d’une vingtaine de personnes des deux sexes (les paranze), sur le rythme encore accéléré par des castagnettes, des cimbales, parfois des bâtons, en rondes assurément assez peu « catholiques ». La frénésie, joyeuse ou sombre, proprement cathartique qui s’empare des danseurs, n’est pas sans rappeler celle de la tarentelle – à l’origine, comme l’on sait, censée guérir les malades ‘tarantati’ à savoir mordus par une tarentule. Les régions concernées sont principalement celles des provinces de Naples (Giugliano, Pomigliano…) et de Salerne (Pagani, Nocera Superiore). Variantes dans les îles (Procida) et – curieux lien avec la rubrique précédente sur l’Istrie –, du moins par la basse continue des percussions à main, dans quelques centres de l’embouchure du Pô, rive gauche, jusqu’à Trieste. Enfin, après le passage des Liberators, signalons en 1945 une émouvante ‘tammurriata nera’

d’inspiration pacifiste.
Cf. après coup, cette interprétation de la N.C.C.P.
       (JcV)
————————————————-

Éruption du Vésuve, mars 1944 (Inst. Luce)

Tammurriata « Bella figliola ca te chiammi Rosa » :

http://www.youtube.com/watch?v=hyHPZ3PUS04&feature=related

Canzune ’e copp’ ’o tammurro

Addo’ so’ ghiute tant’abbracciamiente?

Tante carizze che me stive a fare?

Lu musso me stregnive ’ntra li diente,

e io diceva: – Gué, nu’ muzzecare!

Ca tu mme mierche, e ’n facce a li pariente

che scusa, dimme, ni’, pozzo truvare?

– Truòvace scusa ca stive durmenno,

nu rancetiello t’have muzzecate.

..

– Aggio saputo ca la morte vene,

tutte li belle se vene  a pigliare.

Tu che si’ bella miéttete ’n penziere:

tanta bellezza a chi la vuo’ lassare?

Lassel’ a uno che te vò cchiù bene.

Si è pe me, i’ nun te voglio male.

– Cchiù priest’ ’e lassaraggio a lu terreno,

ca li lassar’ a te, core de cane!

..

– Aggio saputo ca te ne vuo’ ire:

chiòver’ e male tiempo pozza fare!

Da chelli pparte che te ne  vuo’ ire

se pozzeno secca’ puzze e funtane!

Nun puozzo truva’ requie pe la via,

manco nu liettu pe t’arripusare!

Spiert’ e demierto sempe tu puozz’ire,

semp’ a li ggrazie miei tu hi’ a turnare!

..

Amaie na nenna pe tridece mise,

nu’ le putette da’  tridece vase.

La mamma me faceva ’o pizz’ a riso,

la figlia me diceva: – Viene! Trase! –

Mo ca songo fernute li turnise

è ’sciuto lu scaccione da la casa.

..

Amaie nu ninno cu sudore e stiente:

mo lu veco ’n putere ’e n’at’ amante!

Nun è dulore chi perde pariente

quant’è dulore chi perde l’amante!

Si fosse muorto, nun sarrìa nïente:

ca quann’è bivo, te passa pe ’nnante!

    Chansons   au-dessus du tambour 

Où sont allés tous ces embrassements ?

 Et les caresses que tu me faisais ?

 Tu me serrais la lèvre entre tes dents,

 Moi je disais : – Ne me mords pas, ohé !

 Car tu me marques : devant mes parents

 quelle excuse, dis-moi, puis-je trouver   ?

 – Trouve l’excuse que, tout en dormant,

 un petit crabe est venu te pincer.

..

 – J’ai appris que toujours la mort   vient,

 toutes les belles vient emporter.

 Toi qui es belle, pense à demain :

 tant de beauté, à qui la laisser ?

 Laisse-la à qui te veut du bien.

 Quant à moi, je n’te veux pas du mal.

 – Je la laisse plutôt au cercueil

 que de te la laisser, cœur de chien !

..

– Je l’ai su, que tu veux me quitter :

puisse-t-il y avoir pluie d’orage !

Dans ces lieux où tu veux t’en aller

puissent sécher les puits, les drainages   !

Que tu n’aies en chemin pas de paix,

même pas un lit qui te soulage !

Puisses-tu toujours perdu errer,

toujours revenant à mes mirages !

..

J’aimai fillette pendant treize mois,

ne pus mêm’ lui donner treize baisers.

La mère me faisait accueil de roi,

la fille me disait : – Tu peux entrer !   –

Maintenant que je n’ai plus un tournois

c’est direct l’expulsion sans discuter.

..

 J’aimai un gars avec maint sacrifice :

 et je le vois au pouvoir d’autre amante   !

 La douleur n’est pas tant, de perdre un     fils,

si grande que pour qui perd un amant !

S’il était mort, j’aurais moins de   supplice :

qu’étant en vie, je le croise souvent !

 (Textes de la seconde moitié du XVIIIe siècle, Naples et alentours.)

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