“En Sicile, c’est au revoir les enfants!”

Dans son numéro du 24 décembre 2011, Télérama consacrait un riche dossier  au thème de la famille. Un article proposant un point sur la situation en Sicile, où les naissances se font dramatiquement rares…

Mariage à Cacchiamo dans les années 1960.

La piazza Umberto I n’a guère changé : tout au fond, ses deux églises, la chrétienne et la gréco-byzantine, avec leurs clochers carrés ; sur le côté, sa fontaine et son bassin ouvragé ; rangées tout autour, ses maisons aux balcons en fer forgé. Ne manque que le Cinema Paradiso, construit de toutes pièces pour le film éponyme que Giuseppe Tornatore tourna ici, à Palazzo Adriano (devenu « Giancaldo » dans le scénario) en 1988. Ne manquent que les bambini qui, plongés dans l’obscurité de la salle, venaient s’y régaler en rangs serrés du programme qu’Alfredo le projectionniste (joué par Philippe Noiret) leur concoctait. Ne manque au décor que la vie qui, un jour, l’anima pour de vrai…

Les cloches de la chiesa della Madonna sonnent dans l’air clair de décembre. Délicieux soleil d’hiver, cadre enchanteur de cet arrière-pays de Palerme, de cette Sicile que l’on dit « éternelle » – l’est-elle encore pour longtemps ? Il est midi et, sur la place du village, de petits vieux à casquette se retrouvent comme à leur habitude sur les bancs. Mais les enfants, eux, où sont-ils passés ? Disparus, comme envolés de ces montagnes. « Ne cherchez pas les jeunes : ils partent tous, pour les études, le travail. Il n’y a plus rien à faire ici, vous comprenez. Alors, forcément, les naissances se font rares… une dizaine par an, peut-être », déplore, mi-fataliste, mi-théâtrale, Maria Francesca, qui aide le curé à prendre soin de son église. Noël approche, la petite dame s’affaire, repart dans ses pensées, loin d’ici.

Et comme il semble loin, en effet, le temps où, à Palazzo Adriano, on comptait quelque 4 500 habitants (deux fois plus qu’aujourd’hui) et quatre fois plus de naissances dans l’année ! C’était au début des années 50 (période pendant laquelle se déroule la première partie du film de Tornatore), cette « belle époque » de l’après-guerre : malgré la rudesse du quotidien, l’Italie tout entière rayonnait alors d’une vitalité retrouvée, ce que le néoréalisme sut incarner à l’écran, via de très beaux portraits d’enfants – qui, depuis, n’ont cessé de nourrir le cinéma de ce pays (de Luigi Comencini à Kim Rossi Stuart, en passant par Roberto Benigni), mais pourrait bien finir par se tarir : à Palazzo Adriano comme ailleurs (avec un taux de fécondité plafonnant à 1,4, l’Italie est l’un des pays les plus vieux du monde), ne restera-t-il donc que des personnes âgées à filmer ?

Car, venu du Nord du pays – touché, pour sa part, dès les années 70 –, un sentiment étrange a fini par gagner le Mezzogiorno (le Sud de la péninsule) ces dix dernières années : la « peur d’avoir des enfants » (sic). Une évolution qui, en Sicile, relève presque de la révolution : comment, dans cette île d’abondance qui, autant que le grenier à blé de l’Italie depuis l’Antiquité, fut toujours son réservoir démographique débordant de migrants, peut-on craindre aujourd’hui les bambini ?

« C’est bien joli, les familles nombreuses, encore faut-il pouvoir les nourrir », se justifie Giuseppe Duca. Installés à Cacchiamo, une bourgade de 160 habitants de la province de Catane, ce boulanger et sa femme Rosanna ont décidé de n’avoir qu’un enfant : Samuele, solide petit gars de 12 ans, qui trône dans le salon, à côté de ses parents. « On a essayé. On a vu que c’était le bon. Alors pourquoi en faire un autre ? », sourit Giuseppe en couvant des yeux son garçon.

<p>À Palazzo Adriano, lieu de tournage de <em>Cinema Paradiso</em> de Giuseppe Tornatore. Photo : Stephano de Luigi/VII.</p>

À Palazzo Adriano, lieu de tournage de Cinema Paradiso de Giuseppe Tornatore. Photo : Stephano de Luigi/VII

On s’étonne, bien sûr, on se tourne vers Rosanna pour lui rappeler l’incontournable figure de la mamma – toujours affublée………. [ lire la suite sur http://www.telerama.fr/monde/au-revoir-les-enfants,76359.php ]

Lorraine Rossignol

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